Centrafrique : les rebelles de l'APRD se retirent du processus de paix

Publié le par Afp

BANGUI (AFP) — La rébellion de l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) a claqué vendredi la porte du processus de paix, bloquant le dialogue national censé résoudre la grave crise que traverse la Centrafrique, en butte aux violences et à la pauvreté.

"L'APRD décide de suspendre sa participation au processus devant conduire à la tenue du dialogue politique inclusif et se retire purement et simplement des accords du 9 mai 2008 et du 21 juin 2008", a affirmé vendredi dans un communiqué parvenu à l'AFP, son président Jean-Jacques Demafouth, ancien ministre de la Défense.

L'Assemblée nationale centrafricaine, convoquée en session extraordinaire à compter de vendredi par le président François Bozizé, devait examiner à partir de samedi en commission les projets de loi portant amnistie en faveur des rébellions.

Mais, "L'APRD constate avec regret que le gouvernement a abusé de sa confiance et veut profiter des accords signés pour amnistier des faits dont lui seul a connaissance et qui n'ont jamais été exposés au public et dont le parquet n'a jamais été saisi", selon M. Demafouth.

Le président de l'APRD rappelle notamment que les crimes "relevant de la compétence de la Cour pénale internationale" (CPI) ne devaient pas faire l'objet de l'amnistie.

Ministre d'Ange-Felix Patassé, le président renversé en 2003 par M. Bozizé, M. Demafouth, qui vit en exil en France, doit lui aussi bénéficier de l'amnistie s'il veut renter dans son pays où il est inculpé pour l'assassinat de cinq proches d'André Kolingba, le prédécesseur d'Ange-Félix Patassé en novembre 1999. Il a toujours rejeté ces accusations.

L'amnistie était une des conditions sine qua non pour la mise en route du "Dialogue politique inclusif" (DPI), qui doit rassembler toutes les parties centrafricaines (pouvoir, rébellion mais aussi opposition et société civile) pour résoudre la crise sociale, financière et politique que traverse la Centrafrique. Il aurait dû s'ouvrir le 8 juin.

Le DPI avait été précédé par de longues négociations ayant abouti à la signature de plusieurs accords entre le gouvernement et deux des trois principaux mouvements rebelles, l'APRD et l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) de Damane Zakaria.

La troisième rébellion, celle du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) d'Abdoulaye Miskine n'avait pas signé le texte officiellement "pour des raisons logistiques", étant bloqué à Tripoli.

Le jour de la signature de "l'accord de paix global" à Libreville le 21 juin, le ministre centrafricain de la Communication Cyriaque Gonda avait annoncé que cet accord devrait entraîner "une amnistie pour tous les combattants, pour tous les faits liés à la rébellion".

M. Demafouth avait souligné: "Les choses difficiles vont commencer maintenant, parce que c'est après l'accord de paix qu'on va voir la volonté réelle des parties de le mettre en application", estimant alors que le point délicat à traiter concernerait l'"amnistie générale".

Vendredi soir, il a fait appel "au président (gabonais) El Hadj Omar Bongo Ondimba pour constater la volonté manifeste du gouvernement centrafricain de ne pas tenir ses engagements et de convoquer toutes les parties signataires des accords".

La Centrafrique, pays enclavé figurant parmi les plus pauvres de la planète, est en proie depuis 2005, année de l'élection de M. Bozizé, à l'insécurité dans le nord, où groupes rebelles, "coupeurs de routes" et soldats gouvernementaux commettent de nombreuses exactions. Le pays fait aussi face à une grave crise financière et sociale.

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