République centrafricaine : angoisse et précarité sur le chemin du retour

Publié le par Comité Internationale de la Croix Rouge

Plusieurs milliers de personnes qui avaient fui la République centrafricaine (RCA) dans les années 2002–2003 pour s'établir dans les camps de réfugiés de Yoroungou au Tchad, ont pris dernièrement le chemin du retour vers leurs villages d'origine situés au nord-ouest du pays.

Par vagues successives, ils ont atteint Moyenne Sido, une petite bourgade du nord de la République centrafricaine, à environ 170 kilomètres de Kaga-Bandoro.

Pour ces réfugiés de retour au pays, Moyenne Sido n'aurait dû être qu'une escale, mais l’insécurité liée au banditisme et le risque de tomber dans une embuscade tendue par les « coupeurs de route », ces bandits de grand chemin qui sévissent dans la région, rendent trop périlleuse toute tentative de poursuivre le voyage.

Les conditions de vie dans cette région de la RCA sont difficiles, c'est une zone semi-aride qui ne se prête pas à toutes les cultures de subsistance. De plus, du fait de la présence des coupeurs de route, les activités traditionnelles de chasse, de pêche et de cueillette sont réduites à un rayon de 5 kilomètres autour de la bourgade.

Les déplacés et les familles d'accueil cohabitent à Moyenne Sido dans une précarité accentuée par l'insécurité et l'absence d'infrastructures ou d'institutions nationales chargées de répondre à leur besoins de première nécessité. Une situation qui plonge les personnes âgées, les orphelins, les handicapés ou les femmes chefs de familles dans l'angoisse de la survie au quotidien.

Jacob Ndangou, a 80 ans, est seul, sans famille et sans soutien. Il vit constamment dans la peur et les nuits sont terriblement longues pour lui : il n'a ni les moyens, ni les capacités physiques d'effectuer des travaux champêtres, et encore moins de construire une hutte pour se mettre à l'abri.

Mbizoa Juldas est un jeune homme de 30 ans qui s’est établi avec sa femme et ses enfants dans une hutte minuscule à Saramba, un petit village non loin de Moyenne Sido. Il souffre d'un handicap physique sévère, conséquence probable d’une atteinte de poliomyélite. Le tricycle qui lui servait de moyen de déplacement est tombé en panne. Il doit donc se déplacer "à quatre pattes" mais parvient malgré tout à cultiver une petite surface de terre pour nourrir sa famille.

Les quelques volontaires des filiales de la Croix-Rouge centrafricaine des localités environnantes, alertés par le flux massif de déplacés et les conditions de vie précaires dans lesquelles ils vivent, se sont organisés pour tenter de leur venir en aide. Ils procèdent à l'identification des personnes dans le besoin et aménagent à leur intention des abris de fortune à l’aide de branches. La plupart de ces volontaires ont également connu l'expérience des camps de Yoroungou, pour y avoir séjourné en tant que réfugiés. "Nous souffrons dans notre honneur de ne pouvoir rien faire pour ces hommes et femmes avec qui nous avons partagé des moments difficiles".

En soutien aux efforts limités des autorités locales et de la Croix-Rouge centrafricaine, le CICR, en collaboration avec cette dernière, a lancé une opération d'assistance et distribue des biens de première nécessité (nattes, ustensiles, savons, moustiquaires) et des outils agricoles. Cette assistance a bénéficié jusqu'à maintenant à près de 3 000 personnes, soit 742 familles. Pour le président de la Croix-Rouge centrafricaine, "cette assistance est l'aboutissement d'un processus qui nous a rendu notre fierté, en tant que volontaires".

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