Cpi : Radovan Karadzic a été arrêté après 13 ans de cavale

Publié le par Le Nouvel Observateur

Le chef politique des Serbes de Bosnie et artisan avec Slobodan Milosevic du "nettoyage ethnique" qui a fait 260.000 morts pendant la guerre de Bosnie de 1992-95 a été interrogé dans la nuit par un juge d'instruction, première étape de la procédure d'extradition vers le TPI.

Radovan Karadzic a été inculpé en 1995 de génocid e, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

L'ancien dirigeant bosno-serbe Radovan Karadzic (Reuters)

Radovan Karadzic, chef politique des Serbes de Bosnie et artisan avec Slobodan Milosevic du "nettoyage ethnique" qui a fait 260.000 morts et 1,8 million de déplacés durant la guerre de Bosnie de 1992-95, a été arrêté lundi 21 juillet a annoncé le bureau du président serbe Boris Tadic.
Radovan Karadzic a été arrêté lundi soir en Serbie "au cours d'une action des services de sécurité serbes" puis conduit devant le tribunal serbe chargé d'instruire les crimes de guerre, a-t-il été précisé.
Le juge d'instruction Milan Dilparic a interrogé mardi Radovan Karadzic.

Arrêté dans un bus à Belgrade

Selon l'avocat de Radovan Karadzic, Svetozar Vujakic, cité par Beta news, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie aurait déclaré durant l'entretien "avoir été arrêté vendredi dans un bus" à Belgrade et avoir été depuis "détenu dans une cellule".
Radovan Karadzic, qui aurait qualifié la situation de "farce", aurait en outre utilisé son "droit à rester silencieux durant l'interrogatoire", selon Svetozar Vujakic.
"Il portait une longue barbe et ses cheveux étaient teints en noir. Il avait avec lui un sac de voyage et on pense qu'il s'apprêtait à quitter Belgrade", écrit le quotidien Politika sans citer toutefois ses sources.
Le quotidien Blic précise que Radovan Karadzic n'a opposé aucune résistance lors de son arrestation et que les policiers l'ont emmené après lui avoir masqué le visage avec une capuche.
Il avait été localisé dans la capitale serbe "il y a un mois environ", a ajouté le journal.
L'avocat de Radovan Karadzic a précisé que l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, qui a été examiné par un médecin, "était calme et posé" durant l'interrogatoire, ajoutant qu'il resterait dans une unité de détention spéciale du tribunal serbe chargé de juger les crimes de guerre, en attendant son transfert vers le TPIY, à la Haye.

Extradition

Lors de la première étape de la procédure d'extradition vers le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) 15 chefs d'inculpation ont été présentés à l'accusé. Il dispose d'une période de trois jours pendant lesquels il pourra faire appel de la décision d'extradition, si celle-ci est ordonnée.
Les réactions internationales ont toutes salué la nouvelle de cette arrestation. "C'est un moment historique pour les victimes, qui ont attendu 13 ans que M. Karadzic soit amené devant la justice", a aussitôt déclaré le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon dans un communiqué. Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a lui parlé d"une nouvelle extraordinaire".

Inculpé de génocide

Radovan Karadzic, psychiatre de formation né en 1945 dans une famille de paysans pauvres du Monténégro, était devenu l'ennemi public n°1 du TPIY. Le tribunal l'a inculpé en 1995 de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour avoir orchestré depuis son fief de Pale, avec son comparse le général Ratko Mladic, le siège de Sarajevo, l'épuration ethnique des musulmans et croates et notamment le massacre de Srebrenica en 1995, au cours duquel furent assassinés 8.000 musulmans.
"C'est un jour très important pour les victimes qui ont attendu cette arrestation pendant plus de dix ans. C'est aussi un jour important pour la justice internationale parce que cela démontre clairement que personne ne peut échapper à la loi et que, tôt ou tard, tous les fugitifs seront conduits devant la justice", s'est félicité le procureur général du TPIY Serge Brammertz.
Une source policière serbe a précisé, sous couvert d'anonymat car elle n'était pas autorisée à parler à la presse, que Radovan Karadzic a été arrêté dans la banlieue de Belgrade après des semaines de surveillance et grâce à des indications des services de renseignement d'un pays étranger.
S'il est extradé devant le TPIY, Radovan Karadzic sera le 44e suspect serbe présenté devant le tribunal international sous l'égide de l'ONU. Parmi les autres personnes traduites devant cette instance, l'ancien président Slobodan Milosevic, décédé 2006 alors que son procès était en cours.

L'arrestation rapproche la Serbie de l'UE

La Serbie subit une importante pression de la part l'Union européenne, qu'elle souhaite intégrer, Bruxelles exigeant l'arrestation des fugitifs recherchés par le TPYI. L'un d'entre eux, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, est encore en fuite.
"Cette nouvelle nous apporte une immense satisfaction", s'est réjoui le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne Javier Solana. "Le nouveau gouvernement de Belgrade soutient une nouvelle Serbie, une nouvelle qualité de relations avec l'Union européenne. (...) C'est une bonne journée pour la justice dans les Balkans".
Dans une déclaration diffusée lundi soir par le ministère français des Affaires étrangères et européennes, la présidence du Conseil de l'Union européenne se "félicite" d'un "développement" qui "illustre l'engagement du nouveau gouvernement de Belgrade de contribuer à la paix et à la stabilité dans la région des Balkans. Il constitue une étape importante dans la voie du rapprochement de la Serbie avec l'Union européenne", selon le communiqué.
La Maison blanche a pour sa part estimé que l'arrestation était "une démonstration importante de la détermination du gouvernement serbe d'honorer son engagement à coopérer avec le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie".

Un héros pour les nationalistes serbes

A Belgrade, des unités spéciales de la gendarmerie serbe ont été déployées dans la nuit autour du tribunal où le prisonnier a été conduit, par peur de représailles des nationalistes pour qui Karadzic fait figure de héros. Des dizaines d'entre eux, rassemblés devant le bâtiment, scandaient: "Karadzic, héros!" et "Tadic, traître!".
Le frère de l'accusé, Luka Karadzic, se trouvait également sur place. "Il ne s'est pas rendu, ce n'est pas son style", a-t-il commenté.
La femme du fugitif, Ljiljana, a déclaré par téléphone à l'Associated Press depuis son domicile de Pale, près de Sarajevo, que sa fille Sonja l'avait appelée avant minuit. "Au moment où le téléphone a sonné, j'ai su que quelque chose n'allait pas. Je suis choquée. J'ai l'esprit un peu embrouillé. Au moins maintenant, nous savons qu'il est vivant", a-t-elle expliqué. (Avec AP)

Publié dans LE MONDE

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