Barack Obama précise les axes de sa diplomatie

Publié le par Le Monde

Convaincu que la "prédominance" de la question irakienne "distrait" les Etats-Unis de la véritable menace terroriste, le candidat démocrate à l'élection présidentielle de novembre, Barack Obama, a promis, s'il est élu président, de rapatrier la plupart des troupes américaines d'Irak avant l'été 2010, pour "recentrer" les ressources américaines sur le "combat contre Al-Qaida en Afghanistan et au Pakistan". Son adversaire, le candidat républicain John McCain, n'a pas réalisé que "la ligne de front centrale de la guerre contre le terrorisme n'est pas l'Irak et ne l'a jamais été", a dénoncé le sénateur de l'Illinois, dans un discours de politique étrangère prononcé, mardi 15 juillet, à Washington.


"Dès mon premier jour en poste, je donnerai à notre armée pour nouvelle mission de mettre un terme à cette guerre", a précisé M. Obama, affirmant que les Etats-Unis pouvaient "redéployer sans danger" leurs troupes de combat en moins de seize mois. Sept ans après le début de la guerre, son administration ne garderait alors en Irak qu'une "force résiduelle pour (…) s'attaquer aux vestiges d'Al-Qaida, protéger les diplomates et personnels militaires [américains] et entraîner les forces de sécurité irakiennes", sans chercher à conserver des bases permanentes dans le pays.

Le président George Bush a, pour sa part, rejeté "les calendriers artificiels de retrait", tandis que John McCain répliquait que l'Amérique pouvait "gagner à la fois en Irak et en Afghanistan". Le sénateur de l'Arizona préconise d'envoyer en Afghanistan environ 15000 hommes de plus, sur le modèle de la "vague" de renforts qui a, selon lui, permis de "renverser le cours de la guerre en Irak". M. McCain a également raillé M. Obama pour avoir détaillé ses vues à quelques jours d'une tournée à l'étranger – notamment en Irak et en Afghanistan – qui était censée l'aider à se forger une opinion.

Mais, selon le candidat démocrate, la guerre en Irak, dont M. McCain était, a-t-il rappelé, "l'un des plus chauds partisans", a "coûté des milliers de vies américaines, près d'un trillion de dollars [et] aliéné les alliés". "Nous ne pouvons tolérer cette pression sur nos forces pour une guerre qui ne nous a pas apporté d'avantage de sécurité", a martelé Barack Obama, opposant de la première heure à l'intervention en Irak. Les Etats-Unis devront quand même "être aussi prudents en [se] retirant d'Irak [qu'ils ont] été négligents en y entrant", a-t-il précisé.

10 000 SOLDATS SUPPLÉMENTAIRES EN AFGHANISTAN

Contraint d'admettre que la "vague" de renforts défendue par John McCain en Irak avait, ces dix-huit derniers mois, permis de "réduire le niveau de violence", M. Obama a noté que, pendant ce temps, en Afghanistan, "les talibans sont passés à l'offensive", et qu'au Pakistan, "Al-Qaida bénéficie de plus en plus d'un sanctuaire". "Nous manquons de ressources pour terminer le travail à cause de notre engagement envers l'Irak", a-t-il dit, promettant de faire de ce combat la "priorité absolue", en envoyant notamment 10 000 soldats supplémentaires.

La plus grande menace se trouve "dans les régions tribales du Pakistan, où les terroristes s'entraînent et d'où les insurgés frappent en Afghanistan", estime Barack Obama, qui prévient que, si le Pakistan ne fait rien, les Etats-Unis "supprimeront des cibles terroristes de haut niveau comme [Oussama] Ben Laden si elles sont dans [leur] ligne de mire". Et d'ajouter : "Nous devons offrir autre chose qu'un chèque en blanc à un général [Pervez Musharraf] qui a perdu la confiance de son peuple."

"Le fait que le président nous ait entraînés sous des motifs trompeurs dans une guerre malencontreuse ne diminue en rien la menace que constituent des armes de destruction massive aux mains de terroristes", estime par ailleurs le candidat démocrate, qui veut mettre tous les matériels nucléaires "à l'abri des terroristes et des Etats-voyous".

A propos de l'Iran, M. Obama affirme ne pas pouvoir "tolérer des armes nucléaires aux mains d'Etats qui soutiennent le terrorisme", mais a réitéré sa proposition de "rencontrer les dirigeants iraniens compétents".

M. Obama promet en outre de mettre un terme à la "tyrannie du pétrole" qui, selon lui, "finance les bombes des terroristes de Bagdad à Beyrouth". Le changement climatique représente pour le sénateur démocrate une "crise de sécurité nationale", qui menace les côtes américaines et risque de mettre les peuples en compétition pour l'eau et la nourriture. Evoquant une "nouvelle ère de coopération internationale", M. Obama promet enfin de "reconstruire" les alliances des Etats-Unis. "Pendant huit ans, nous avons payé le prix d'une politique étrangère qui donne des leçons sans écouter", a-t-il déploré.

Selon un sondage ABC-Washington Post publié mardi, Barack Obama devance John McCain de 8 points, mais le candidat républicain reste considéré comme mieux à même de régler le problème irakien par une courte majorité d'électeurs.


Philippe Bolopion

Chiffres

146 000. C'est le nombre de militaires américains déployés en Irak au sein de la Force multinationale. Le président George Bush avait annoncé, en septembre—2007, qu'il entendait réduire progressivement le contingent américain de 20 à 15 brigades. Au terme de ce retrait, le nombre de soldats américains devait donc s'établir à 146 000 hommes en juillet, auxquels s'ajoutent, au sein de cette Force multinationale, quelque 10 000 hommes originaires d'une dizaine de pays.

4 000. C'est le nombre de soldats américains morts en Irak depuis 2003.

32 000. C'est le nombre de soldats américains déployés en Afghanistan au sein de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) et de l'opération "Liberté immuable", composée à 85% d'Américains.

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