Centrafrique - Crise de l'électricité : Bangui se meurt

Publié le par Le Confident

Plus les coupures intempestives se poursuivent, plus la situation s'empire pour les banguissois. Ceux qui possèdent des groupes électrogènes se voient obligés de faire des sacrifices supplémentaires, car en plus du carburant dans leurs véhicules, ils sont obligés d'alimenter les générateurs pour avoir l'eau fraîche et conserver leurs vivres.

Par contre, pour les autres, les moins nantis, la vie se gère au quotidien car ils ne peuvent plus faire de provisions. Et même s'ils le font, comment les conserver ?

Comme l'air du temps, tout le monde a le même langage sur les lèvres et se plaint de la disparition depuis trois semaines au moins du courant électrique. Avec ces pannes au niveau de Boali et de Bangui, on mesure à quel point le banguissois est devenu tributaire du courant électrique.

Vers la paralysie de l'Administration et des Sociétés
Ceux qui avaient l'habitude de mettre le climatiseur plein gaz pour adoucir la température de leur salon ou de leur chambre à coucher sont astreints à changer d'habitude, à moins d'avoir un générateur puissant pour supporter la charge de fonctionnement des climatiseurs.

L'eau fraîche est devenue une denrée rare si on arrive encore dans certains secteurs à s'en procurer.
Les Départements ministériels, tributaires de l'électricité de l'Enerca sont plongés dans le noir. Les secrétaires et autres garçons de bureau se croisent les bras, si non choisissent de vaquer à des occupations que leurs sorties difficilement tolérées en temps normal. Que leur dire puisque les micro-ordinateurs ne fonctionnent pas, faute d'alimentation? Vers 12 heures, la plupart des bureaux sont déserts, sinon, il n'y a que le ministre, son directeur de cabinet et les proches qui dépendent directement du Chef du Département pour réguler un semblant de fonctionnement.

Il n'y a pas que les services administratifs qui sont affectés. Certaines entreprises privées, face à la situation préoccupante, se sont dotées de groupes électrogènes, mais pour un fonctionnement à quel prix, puisque le carburant lui-même avait déjà emprunté l'ascenseur depuis le début du mois de juin suite à la hausse vertigineuse du prix du baril de pétrole sur le marché international. Ces nouvelles dépenses, qui n'étaient pas prévues, obèrent dangereusement la plus value que veulent réaliser ces entreprises.

Les industries ne peuvent plus compter sur les prestations de l'Enerca. Les plus affectées sont surtout les petites et moyennes entreprises qui ne peuvent pas se doter de générateurs. Tout tourne au ralenti. L'exemple le plus patent est celui de la brasserie Mocaf qui, ne pouvant plus, a été obligée de relever les prix de ses produits à l'usine. Les répercussions n'ont pas attendu car au bout du rouleau, le consommateur révise sa porte monnaie s'il veut se désaltérer.

Même les organes de presse écrite et audiovisuelle sont assujettis à des sacrifices supplémentaires pour informer le public. La disparition de l'électricité fournie par l'Enerca a contraint les organes à se doter de groupes électrogènes, rendant ainsi exorbitants les coûts de fabrication des journaux, quotidiens et hebdomadaires.

La résurgence du grand banditisme
Ce qui inquiète le plus les banguissois est l'obscurité qui s'abat sur les quartiers à la tombée de la nuit. Dans certains secteurs, il est hasardeux de mettre le nez dehors ou de charger les petits enfants de commission. Dans ses secteurs où la précarité de la sécurité est perceptible, certaines jeunes portés dans le noir arrachent les téléphones portables ou fouillent carrément les passants pour leur extirper l' l'argent et les objets de valeur. Aux heures avancées, c'est le grand banditisme qui s'installe et sévit. Les braqueurs, fortement armés, font crépiter les armes à feu comme si on était dans un champ de tir. Ce qui s'est passé dans la nuit du 7 au 8 juillet 2008 au quartier Bazanga est une illustration parfaite de l'action de ces gangsters, organisés en bandes, qui, à la faveur de l'obscurité, opèrent en toute impunité. Combien de centrafricains et de citadins n'ont pas souffert de ces actes depuis que l'électricité a disparu sur la pointe des pieds?

Cette situation sécuritaire précaire n'est pas préjudiciable qu'aux simples citoyens. Elle peut à la longue inquiéter les Institutions car les malfrats défient même les forces de défense et de sécurité. L'obscurité permet de trafics en tous genres et, comme la nuit tous les chats sont gris, on ne peut pas savoir qui est qui et qui fait quoi. Les services de sécurité doivent doubler de vigilance à l'approche du grand forum qu'est le Dialogue Politique Inclusif.

Une situation catastrophe dans les hôpitaux
Le comble avec cette absence d'électricité se vit quotidiennement dans les hôpitaux, les centres de santé de Bangui et de la périphérie (Bimbo, PK12). Les hôpitaux qui ont vocation de soigner, sont devenus de véritables mouroirs. Les femmes en grossesse sont obligées d'accoucher à la lumière des bougies qu'elles doivent elles-mêmes apporter et ce, comme au bon vieux temps dans les provinces. Dans ces conditions, les sages-femmes et les matrones font des prouesses pour éviter des accidents aux nouveau-nés et aux mamans. Dans les cas d'urgence où les patients doivent être placés sous oxygène, ils meurent systématiquement, car cette assistance n'est pas possible faute de courant électrique. Il ne fait pas bon d'être malade par ces temps, car la situation est très délicate. Les opérations chirurgicales, même bénignes, deviennent toute une gymnastique. Les spécialistes sont présents. La volonté et la disponibilité sont là. Mais les médecins sont désarmés. Des informations que nous avons recueillies auprès des parents, qui veulent à tout prix sauver un des leurs qui doit être opéré, doivent fournir 25 litres de carburant pour faire fonctionner le groupe électrogène de l'hôpital à cet effet. La situation est devenue tellement préoccupante et inquiétante que le ministre de la Santé a été obligé de conférer avec les organismes internationaux, les institutions et certaines entreprises pour leur demander de prêter assistance à nos hôpitaux. Dans un message pathétique, le membre du gouvernement a fait percevoir à ses interlocuteurs le danger qui guette les populations, surtout les plus démunis qui ne peuvent choisir les cliniques. Le manque d'électricité a mis l'Etat à genou et il est réduit à la mendicité. Cette situation va-t-elle perdurer ? A ce rythme, Bangui se meurt à petits feux.

Jeudi 10 Juillet 2008
Dinawade Mokambo

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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