France - Colombie : Ingrid Betancourt est libre

Publié le par Le Point.fr

Ingrid Betancourt a été libérée mercredi par l'armée colombienne après six années et demie de captivité dans la jungle.

L'ancienne sénatrice franco-colombienne a été récupérée avec trois otages américains et onze militaires ou policiers, a déclaré le ministre de la Défense Juan Manuel Santos.

Il a ajouté que tous les anciens otages étaient relativement en bonne santé après des années de détention.

"Ingrid est en bonne santé", a confirmé Nicolas Sarkozy, qui avait fait de sa libération une priorité de sa présidence.

L'opération de sauvetage s'est déroulée dans la jungle de Guaviare, dans le sud du pays.

Des soldats se sont présentés comme les membres d'une ONG fictive censée transporter les otages par hélicoptère vers un camp pour y rencontrer le nouveau chef des Farc Alfonso Cano.

"Les hélicoptères, qui appartenaient en réalité à l'armée, ont récupéré les otages dans le Guaviare et les ont transportés vers la liberté", a déclaré Santos.

Ils ont ensuite été acheminés par avion vers Bogota.

Ingrid Betancourt se trouve sur une base militaire proche de la capitale, a indiqué l'Elysée.

Nicolas Sarkozy a salué la fin d'un "calvaire" et annoncé que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et la famille de l'ex-otage partaient dans la soirée pour la Colombie.

Cette nouvelle est un succès d'envergure pour le président conservateur colombien Alvaro Uribe, qui a fait de la lutte contre les Farc sa grande priorité.

"C'était une opération sans précédent", s'est félicité son ministre de la Défense devant des journalistes. "Elle s'inscrira dans l'histoire par son audace et son efficacité."

Le président américain George Bush, dont le pays fournit une aide financière et logistique importante à son allié colombien, a téléphoné et rendu hommage à Uribe, un "dirigeant fort".

Ingrid Betancourt, qui est âgée de 46 ans, était devenue le symbole de la souffrance des otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie, la mobilisation de ses proches ainsi que sa double nationalité franco-colombienne ayant contribué à médiatiser sa lutte sur le plan international.

DÉSORDRE AU SEIN DES FARC

Les Farc, qui ont perdu en mars leur chef Manuel Marulanda et leur numéro deux Raul Reyes, retenaient une quarantaine d'otages de premier plan comme monnaie d'échange contre des centaines de militants emprisonnés.

Parmi eux, Betancourt, candidate du parti Vert à l'élection présidentielle en Colombie, avait été capturée le 23 février 2002.

Une vidéo des Farc diffusée à la fin de l'an dernier l'avait montrée très amaigrie et déprimée.

Les trois otages américains - Marc Gonsalves, Keith Stansell et Thomas Howes - travaillaient pour le département de la Défense et ont été capturés en 2003 après la chute de leur petit avion dans la jungle lors d'une opération de lutte contre les stupéfiants.

Les Farc, plus vieux mouvement rebelle d'Amérique du Sud, ont été repoussés dans des endroits isolés du pays et ne compteraient plus que 9.000 combattants contre 17.000 auparavant.

Pour l'analyste Michael Shifter, du Dialogue interaméricain, un centre de réflexion de Washington, "le gouvernement colombien a profité de la faiblesse et du désordre au sein des Farc pour mener à bien sa mission. C'était un énorme pari, mais cela a fonctionné".

"Uribe prend des risques et il aime les surprises. Il n'en a pas besoin, mais ce tour remarquable des événements va encore renforcer sa popularité", a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy a appelé les Farc à renoncer à la lutte armée: "La France est prête à accueillir tous ceux qui renonceraient à la lutte armée", a-t-il dit.

Hugh Bronstein, version française Jean-Stéphane Brosse

Publié dans LE MONDE

Commenter cet article