Élection présidentielle sous tension au Zimbabwe

Publié le par Le Figaro

Des électeurs auraient été forcés à voter en faveur du président sortant, Robert Mugabe. Son principal opposant appelle la communauté internationale à rejeter «une imposture».

Robert Mugabe a tenu bon face à la pression internationale. L'élection présidentielle a bien eu lieu vendredi au Zimbabwe. Les bureaux de vote ont fermé dans la soirée et des agents électoraux ont commencé à sceller les urnes. Le climat de tension était tel que le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, avait appelé ses partisans à voter pour le président plutôt que de mettre leur vie en danger. Théoriquement, environ 5,9 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir entre Mugabe, qui à 84 ans se dit investi d'un pouvoir de droit divin, et le chef de l'opposition, arrivé largement en tête au premier tour.

Face à un déchaînement de violences entre les deux tours, l'opposant s'est retiré de la course mais le président, qui veut garder un semblant de légitimité, a ignoré son désistement et son nom figure toujours sur les bulletins de vote. La participation paraissait faible dans la capitale, acquise à l'opposition. Elle semblait plus élevée dans les zones rurales où des bus affrétés par le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (Zanu-PF) ont emmené les électeurs jusqu'aux bureaux de vote, selon des témoins.

La Commission électorale du Zimbabwe a affirmé que les opérations se déroulaient dans une atmosphère «paisible». Pourtant, dès les premières heures, des témoins ont fait état de pressions et le leader de l'opposition a affirmé que «dans tout le pays les électeurs avaient voté de force». Selon certains, des partisans du régime ont forcé des électeurs à leur communiquer le numéro de série inscrit sur leur bulletin de vote pour pouvoir vérifier qu'ils avaient bien voté pour le président.

Mugabe «très optimiste»

Le plus vieux des chefs d'Etat africains, au pouvoir depuis l'indépendance de l'ex Rhodésie du Sud britannique en 1980, a voté en fin de matinée dans un quartier chic de Harare. «Je me sens en pleine forme et je suis très optimiste», a-t-il déclaré.

Sortant de l'ambassade des Pays-Bas à Harare où il est réfugié depuis dimanche, Morgan Tsvangirai a appelé le monde à rejeter les résultats d'une «imposture» organisée par «une dictature en quête désespérée d'un semblant de légitimité». «Quiconque reconnaîtra cette élection niera la volonté du peuple zimbabwéen», a-t-il lancé notamment à l'adresse de l'Union africaine et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) qu'il a déjà implorés d'agir.

Depuis des semaines les critiques de l'Occident fusent contre le régime de Harare. Les membres du G8 ont déjà annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas le gouvernement issu d'une élection qui ne «reflèterait pas la volonté du peuple zimbabwéen», la Commission européenne a parlé d'une «imposture». A l'inverse, l'Afrique a observé un silence gêné.

A l'ouverture d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UA, vendredi en Egypte, le président de la Commission, Jean Ping, a reporté à la semaine prochaine les «déclarations importantes» sur le Zimbabwe. La Communauté de développement économique d'Afrique australe (SADC), qui a dépêché environ 400 observateurs électoraux, n'a fait aucun commentaire.

Publié dans L'AFRIQUE

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