Guinée équatoriale - Coup d'Etat : Mark Thatcher était un mercenaire à part entière, selon Simon Mann

Publié le par Afp

MALABO (AFP) — Le mercenaire britannique Simon Mann, jugé à Malabo pour une tentative de coup d'Etat déjouée contre le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, a présenté mercredi Mark Thatcher comme un membre à part entière du groupe cherchant à renverser le régime.

"Mark Thatcher (le fils de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher) n'agissait pas uniquement en tant que financier mais faisait partie intégrante du groupe", a affirmé au deuxième jour des débats Simon Mann, qui comparaît en compagnie d'équato-guinéens, dont un ministre, et d'un Libanais ayant des intérêts dans la distribution et le commerce dans le pays.

Mark Thatcher est accusé par Malabo d'être un des instigateurs de l'affaire. Un mandat d'arrêt international a été lancé contre lui par la Guinée équatoriale.

S'exprimant posément, les bras croisés dans le dos, Simon Mann, revêtu d'une tenue de prisonnier dont la chemise est rayée dans le dos, a indiqué qu'il avait connu Mark Thatcher quand il était en Afrique du Sud au Cap et qu'ils "étaient voisins".

C'est lui, dit-il, qui a fait venir à Londres Mark Thatcher pour discuter de la préparation de la tentative du coup d'Etat de mars 2004 et pour laquelle le procureur a requis mardi 30 ans de prison contre Simon Mann.

C'est à Londres, lors de rencontres avec un des cerveaux de l'affaire, un homme d'affaires britannique d'origine libanaise, Elie Khalil, et d'un autre britannique Gary Hersham, qu'il s'est rendu compte qu'Elie Khalil et Mark Thatcher se connaissaient déjà, a observé Simon Mann.

Interrogé par le procureur José Olo Bono, il a précisé que les comploteurs devaient en cas de réussite, installer au pouvoir l'opposant Severo Moto en exil en Espagne où il est détenu actuellement pour "trafic d'armes".

Le mercenaire a indiqué que Mark Thatcher était en contact avec l'opposant pour le transporter aux îles Canaries, puis au Mali dans l'attente de son retour en Guinée équatoriale en cas de succès.

"C'est Mark Thatcher qui payait tout cela", a déclaré le mercenaire.

Interrogé sur ses conditions de détention depuis son extradition en février du Zimbabwe où il purgeait quatre ans de prison, Simon Mann a assuré qu'il avait été "bien traité". "Je n'ai pas été torturé, ni menacé, ni subi de mauvais traitement".

"Etes-vous d'accord avec le procureur qui a requis 30 ans de prison contre vous?", a aussi demandé le président. Simon Mann répond tranquillement: "non, je ne suis pas d'accord".

Simon Mann, formé à Eton puis à l'académie militaire de Sandhurst, ancien officier des SAS (forces spéciales britanniques), a été arrêté en mars 2004 en compagnie de 61 autres mercenaires présumés lorsque leur avion s'est posé à Harare au Zimbabwe.

Les autorités les ont accusés d'être venu prendre livraison d'armes avant de rejoindre à Malabo une autre équipe dirigée par le Sud-Africain Nick du Toit.

Ce dernier, jugé il y a quatre ans à Malabo avec un groupe de présumés mercenaires sud-africains, arméniens et équato-guinéens, y purge une peine de 34 ans de prison.

Lors de son procès à Harare, Mann avait affirmé qu'il se rendait avec ses hommes en République démocratique du Congo (RDC) pour assurer la sécurité de sites miniers. Condamné à sept ans de prison, sa peine a été ramenée à quatre ans.

 Coup d'Etat/Guinée : USA impliqués

La tentative de coup d'Etat déjouée en Guinée équatoriale en 2004 avait l'aval de l'Espagne, des Etats-Unis et de l'Afrique du Sud a soutenu  le mercenaire britannique Simon Mann, "le cerveau" de l'opération, jugé depuis mardi à Malabo.


"Je vais vous dire que le gouvernement espagnol était prêt à 100% pour appuyer l'opération. Les Etats-unis et des compagnies pétrolières contactées avaient affirmé que la situation en Guinée équatoriale n'était pas stable et qu'un changement de gouvernement serait la bienvenue", a affirmé Simon Mann dont les propos en anglais étaient traduits par un interprète en espagnol.


Il a aussi précisé que les "services secrets sud-africains" lui avaient fait passer "un message" du chef de ces services dans lequel "on me donnait le feu vert pour monter le coup".


"Ces services étaient parfaitement au courant de notre opération", a-t-il ajouté.

Le président Teodoro Obiang Nguema dirige le pays d'une main de fer depuis qu'il a renversé en 1979 son oncle Francisco Macias Nguema.

Souvent critiquée pour des violations des droits de l'Homme, la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, pays très fermé et dont la population est classée parmi les plus pauvres de la planète, est devenue ces dernières années le troisième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne.

Publié dans L'AFRIQUE

Commenter cet article