Tchad - Rebellion : Idriss Déby aux abois, suite...

Publié le par L'Expres.fr

Les rebelles ont continué ce lundi leur guerre de mouvement en prenant Biltine, à 100 km d'Abéché, dans l'Est tchadien. N'Djamena accuse le Soudan de pousser ces factions à la guerre pour précipiter la chute du président Déby.

On pourrait en faire un sujet d'histoire-géo du Bac: "Qu'est-ce que le Tchad?" Et gratifier d'office de la mention bien le candidat qui répondrait ceci: "Le Tchad -capitale N'Djamena- est un pays d'Afrique, frontalier du Soudan, de la Libye, du Niger, du Nigeria, du Cameroun et de la République centrafricaine, où l'insurrection armée venue du nord-est constitue l'unique mode d'accession au pouvoir".

L'élève zélé pourrait même glisser dans sa copie le dernier épisode en date de cette chronique répétitive: la chute, ce lundi 16 juin à la mi-journée, de la ville de Biltine, tombée aux mains de l'Alliance nationale, coalition de factions rebelles. Déjà, cette énième offensive, déclenchée cinq jours plus tôt, a permis aux forces que dirige le général Mahamat Nouri de tenir brièvement Goz Beida puis de conquérir Am-Dam, à 600 km environ de la capitale. "L'objectif, c'est N'Djamena", martèle ledit galonné, qui commandait déjà l'assaut lancé début février sur l'ex-Fort-Lamy.

A bord de leurs véhicules, ces rebelles tchadiens abordaient la ville de GOz Beida, samedi 14 juin.

Assiégé dans son palais, le président Idriss Déby Itno, lui-même parvenu aux manettes en 1990 à la tête d'une colonne d'insurgés partie du Darfour soudanais, avait alors sauvé son trône in extremis, grâce à ses chars T-55 et à ses talents de chef de guerre. A l'époque, la France officielle, un peu lasse de sauver le soldat Déby, avait temporisé, ne volant au secours de son protégé qu'une fois la victoire de ce dernier assurée.

Cette fois, insiste le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, Paris "n'est pas intervenue et n'interviendra plus". Est-ce à dire que les officiers du dispositif tricolore Epervier, installé dans le nord du Tchad dès 1986, s'abstiendront désormais de fournir à l'ami Déby les photos aériennes, les conseils et l'équipement offerts d'ordinaire? Il s'agirait pour le coup d'un vrai changement de cap.

La nouvelle attaque de la rébellion ressemble à s'y méprendre à la riposte du berger soudanais à la bergère tchadienne. Khartoum, qui entretient avec N'Djamena des relations exécrables, s'emploie à hâter le naufrage du rafiot Déby depuis le 10 mai. Ce jour-là, les combattants du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), fer de lance du soulèvement du Darfour, étaient parvenus dans les faubourgs d'Omdurman, ville-jumelle de Khartoum, au terme d'un raid-éclair mené, selon toute vraisemblance, avec le concours du Tchad. Et tout porte à croire que, en vertu d'une tenace tradition, les insurgés de l'Alliance nationale doivent quant à eux beaucoup à la junte d'Omar el-Béchir...

S'il ne craint pas les foudres d'un correcteur un rien cocardier, notre bachelier en herbe pourrait conclure son devoir par un paragraphe consacré aux carences du renseignement français. Patron opérationnel de l'Eufor -la force européenne déployée dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique afin de protéger les civils et les réfugiés du Darfour-, le général Jean-Philippe Ganascia n'a rien vu venir. Le 2 juin, il jugeait improbable une percée de cette nature. "Le dispositif tchadien est solide, soutenait l'officier supérieur. (N'Djamena) a tiré beaucoup de leçons de l'attaque de février. Selon moi, il n'y a pas d'attaque imminente et on peut s'interroger sur le potentiel résiduel de ces groupes (rebelles)". A sa décharge, il faut reconnaître que l'armée régulière d'Idriss Déby avait, avec le concours de trois hélicoptères d'assaut, enrayé le 1er avril un "regain d'activité" de la rébellion non loin d'Abéché (est).

Le principe de précaution conduira en conclusion le candidat à ne pas enterrer prématurément le président tchadien: le stratège es-rezzou qu'il est resté vaut mieux que l'homme d'Etat qu'il n'est jamais devenu.

Publié dans L'AFRIQUE

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