L'Afrique salue Obama, "fils" du continent, et la "tolérance" des Etats-Unis

Publié le par Afp

NAIROBI (AFP) — L'Afrique a salué jeudi la victoire à l'investiture démocrate à la présidentielle américaine d'un "fils" du continent, Barack Obama, dont le père était kényan, jugeant qu'elle marque "la fin effective des préjugés raciaux aux Etats-Unis".

"Notre fils à la tête de la superpuissance" américaine, s'enflamme le quotidien de Nairobi Daily Metro, avec une photo pleine page du sénateur, souriant, le bras levé en signe de victoire.

"Moment historique", assure de son côté le Nation, selon qui il y a "beaucoup de raisons" pour expliquer "l'hystérie" pro-Obama au Kenya, la première étant "la fierté raciale et ethnique qu'un homme noir puisse devenir le roi de l'empire", tout en ayant gardé des attaches en Afrique.

Modeste paysanne aujourd'hui âgée de 86 ans, la grand-mère du candidat démocrate, Sarah Obama, vit toujours dans son village de l'ouest du Kenya, Nyang'oma, sur les rives du lac Victoria, au coeur du continent.

La victoire de M. Obama - premier métis de l'histoire américaine à avoir une chance de gagner la présidentielle - est "un moment décisif", relève le quotidien sud-africain The Star, selon qui ce succès "reflète la croissance phénoménale de la tolérance en Amérique".

Soulignant le caractère "historique" de ce succès, la presse camerounaise, comme le Cameroon Tribune, estime que le sénateur démocrate devient le symbole de "la nouvelle société américaine, où les conditions raciales deviennent une préoccupation secondaire pour certains".

Cette analyse de l'évolution de la société américaine est d'ailleurs largement partagée en Afrique, où certains parlent même de "révolution", à l'instar du président sénégalais Aboulaye Wade.

"Je pense que le fait qu'aujourd'hui des Blancs puissent choisir un Noir comme candidat, c'est une révolution dans les mentalités aux Etats-unis", estime M. Wade.

L'investiture de Barack Obama traduit "la capacité (de la société américaine) à avancer et à transcender ses contradictions, même si les vieux démons ne sont pas totalement anéantis", commente le quotidien algérien AlgérieNews.

"Si l'Amérique profonde semble prête à être gouvernée par un président de couleur, il n'en demeure pas moins que des lobbies ultra-conservateurs, allergiques à une telle éventualité, peuvent tenter de réconcilier l'Amérique avec les vieux démons", tempère toutefois le journal.

N'empêche, le choix des démocrates américains clôt un cycle ouvert avec le combat de Martin Luther King pour les droits civiques, analyse l'ancien chef de la diplomatie congolaise, Gérard Kamanda wa Kamanda.

"Qu'il gagne la course à la Maison Blanche ou non, l'investiture de Barack Obama est déjà un événement politique majeur qui date la fin effective des préjugés raciaux aux Etats-Unis", selon lui.

"C'est la montée politique en puissance de la communauté afro-américaine des Etats-Unis (...) C'est le rêve de Martin Luther King en marche qui entre dans sa phase décisive. C'est aussi un signe des temps qui annonce des changements ethniques importants dans le monde au cours du troisième millénaire", prophétise M. Kamanda wa Kamanda.

Si l'enthousiasme transparaît sur le continent à propos du succès de Barack Obama, son accession à la présidence ne signifierait pas nécessairement un changement des relations Etats-Unis/Afrique, préviennent cependant certains.

"Obama est un Américain avant d'être autre chose. Il n'est pas le seul à avoir ses racines en dehors des Etats-unis (...) Mais au finish, ils sont tous Américains", tempère M. Wade.

"Obama, d'origine africaine, certes, n'est nullement élu pour les Africains. Que cela soit clair. Dès le départ", souligne le quotidien gouvernemental ivoirien Fraternité Matin.

Publié dans L'AFRIQUE

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