Centrafrique : Interview exclusive - Ange-Félix Patassé «Le vrai président de Centrafrique, c’est moi…»

Publié le par Continental Magazine

À quelques jours de l’ouverture du Dialogue politique inclusif prévu pour ce mois de juin en Centrafrique, l’ex-président Ange-Félix Patassé, déposé en 2003, annonce son retour au pays. Depuis sa somptueuse résidence à la Cité OUA à Lomé, la capitale togolaise où il vit en exil, l’ingénieur agronome se fait le chantre de la réconciliation. Rencontre avec celui qui se considère toujours comme le «président légitime» de la République centrafricaine.

Continental : Comment vivez-vous votre exil au Togo ?

> Ange-Félix Patassé : Je m’y sens bien. Je consacre la majeure partie de mon temps à travailler sur plusieurs projets bénéfiques au Togo, à mon pays, et à l’Afrique. J’entretiens d’excellentes relations avec les autorités togolaises parce que le président Faure Gnassingbé a pris une série de mesures pour assurer ma sécurité et celle de ma délégation, comme son père l’avait fait. Les ministres du gouvernement m’accompagnent également dans mon projet de production de biocombustible à partir du penicetum pulpurium, herbe appelée «adako». Actuellement, je suis dans la phase de fermentation méthanique de l’adako pour fabriquer du biogaz, dont une partie va servir à la production d’électricité et le reste pour faire du biocarburant. Si la phase expérimentale nous donne des résultats concluants, d’ici l’année prochaine, le Togo pourrait faire face à la crise énergétique grâce à la vulgarisation de cette recherche.

Ne craignez-vous pas, en rentrant, d’avoir maille à partir avec la justice qui vous a condamné par contumace ?

> Il n’y aura aucune poursuite, ni arrestation, parce que je connais mes capacités et le Seigneur est avec moi. S’il y a un danger, il ne peut pas me laisser partir pour la République centrafricaine. J’ai reçu, du 18 au 21 avril à Lomé, une délégation venue de Bangui avec laquelle j’ai discuté des préparatifs du dialogue. J’ai clairement exprimé mon accord pour prendre une part active à ces assises afin d’apporter ma part à la reconstruction nationale. Mon peuple souffre et je ne peux pas le voir souffrir indéfiniment. C’est pourquoi j’ai répondu oui à son appel. Pour ce qui est de la condamnation par contumace, la justice a fait un soidisant jugement. Si j’avais reçu une convocation du tribunal, je m’y serais présenté. Dans cette affaire, c’est plutôt moi qui serais l’accusateur et non l’accusé. Il est temps que les Centrafricains se rencontrent, discutent entre eux pour trouver une solution définitive susceptible d’instaurer la paix pour que le peuple retrouve sa sérénité.

Quel regard portez-vous sur la Centrafrique dirigée par votre ancien ami, mais aussi votre tombeur, le général François Bozizé ?

> Pour le moment, cette question n’est pas à l’ordre du jour. Je ne voudrais pas endosser la responsabilité de créer une situation de crise avant même l’ouverture du Dialogue inclusif. En ce qui me concerne, je suis fier de dire que, pendant mon mandat à la tête de la République centrafricaine, je n’ai jamais jeté un homme politique en prison. J’ai donné l’indépendance totale aux magistrats qui rendaient la justice selon la loi. Je donnais même mon argent personnel au Trésor public pour payer les fonctionnaires. Il faut que nous allions à ce dialogue dans la sérénité. L’heure n’est pas à la condamnation, mais à la réconciliation.

Vous ne retournez donc pas en République centrafricaine dans l’espoir de reconquérir le pouvoir ?

> La question du pouvoir n’est pas à l’ordre du jour. Il ne faut pas échafauder ce genre d’hypothèses et susciter inutilement des problèmes. Il vaut mieux être au-dessus des questions d’intérêts personnels et d’amourpropre pour voir l’intérêt supérieur du peuple centrafricain. Laissons le temps au temps.

Qu’attendez-vous réellement de ce Dialogue politique inclusif ?

> Au cours de cette rencontre fraternelle, nous passerons en revue beaucoup de sujets. Il n’est pas question, et il ne sera pas question de jouer au chat et à la souris. Les Centrafricains prendront leurs responsabilités et moi, en tant que président légal et légitime de la République centrafricaine, je n’entends pas effleurer seulement les problèmes. Il faut qu’on aille au fond des choses pour analyser les raisons qui ont motivé toute cette série de coups d’État. C’est pourquoi j’ai proposé qu’avant ce dialogue, une rencontre préliminaire ait lieu entre l’ancien président André Kolingba, Monsieur François Bozizé et moi-même, en présence du président gabonais Omar Bongo Ondimba et du Guide libyen Mouammar Kadhafi ou de leurs émissaires. Car il faut que nous, qui sommes les premiers acteurs de la vie politique centrafricaine, nous nous disions toutes les vérités afin de déboucher préalablement sur une solution à notre niveau. Ce faisant, nous aurons expurgé tous les points contentieux.

Que pensez-vous de la crise financière et alimentaire actuelle?

> L’Afrique ne peut pas continuellement être à la traîne. La crise que nous connaissons aujourd’hui est un mal nécessaire. L’heure est au réveil des Africains pour trouver des solutions appropriées. La recherche, tant dans le domaine agricole que dans les autres secteurs, constitue un passage obligé. Je suis fâché contre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. J’espère que ces deux institutions, qui sont à l’origine du malheur de l’Afrique, auront compris que cette crise est une gifle à leur politique et que leurs nouveaux dirigeants vont changer de méthodes.

Quelle est la nature de vos relations avec la France?

> Au temps du président François Mitterrand, je n’étais pas d’accord avec le gouvernement français sur certains points. Mais quand nous étions allés à la dernière cérémonie du 14 juillet à laquelle Mitterrand avait assisté avant la fin de sa vie, il m’a serré la main et m’a dit : « Patassé, je vous félicite, continuez!» En ce qui concerne l’actuel président français, Nicolas Sarkozy, nous nous entendons bien et nous nous entendrons très bien. Lors du dernier sommet France-Afrique auquel j’avais assisté à Paris (19-21 février 2003, avant d’être déposé le 15 mars, ndlr), Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, est venu à pied pour me rencontrer à mon hôtel où nous avons discuté de plusieurs sujets pendant plus d’une heure. C’est un homme de changement et moi aussi je suis un homme de changement, donc on ne peut qu’entretenir de bonnes relations.

Finalement, vous rentrez en Centrafrique en tant qu’ex-président où «président légitime» comme vous avez l’habitude de le dire ?

> Je rentre dans un esprit de dialogue et de réconciliation. Je ne réclame rien. Mais, même si cela ne se dit pas tout haut, tout le monde sait que le vrai président, c’est Patassé.

Propos recueillis à Lomé par Etonam Akakpo-Ahianyo

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skhofi 06/06/2008 15:55

vivement la réconciliation en centrafique

:0010::0011::0004:Danielle 06/06/2008 01:19

 Bonsoir ! un ptit coucou ! bon vendredi ! bisous !