Zimbabwe: à un mois du second tour, l'opposition dénonce des violences

Publié le par Afp

HARARE (AFP) — A un mois du second tour de l'élection présidentielle au Zimbabwe, l'opposition a dénoncé mardi une campagne de violences et d'intimidation menée par le régime pour assurer la réélection du président Robert Mugabe, et qui a déjà fait plus de 50 morts.

Alors que le rival du chef de l'Etat, Morgan Tsvangirai, lançait un fonds pour les victimes de ces violences, accrues depuis le premier tour du 29 mars, son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a indiqué que ses sympathisants étaient déplacés par les pro-Mugabe afin de les empêcher de voter le 27 juin.

"Près de 50 Zimbabwéens ont été tués ces six dernières semaines, plusieurs milliers blessés, déplacés ou sont sans abri après la destruction de leurs maisons et le pillage de leurs biens", a dénoncé M.Tsvangirai, rentré samedi au Zimbabwe après un mois et demi d'absence en raison de craintes pour sa sécurité.

"Le temps de l'intolérance et de la destruction touche à sa fin. Le temps de la paix et de la prospérité est venu", a-t-il lancé.

L'un de ses proches lieutenants a ajouté que les attaques menées par des militants de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), le parti de Mugabe, entraient dans le cadre d'une stratégie globale.

"Nous n'avons aucun accès aux médias d'Etat, il nous est quasiment impossible d'organiser des meetings et nous avons dû en référer à la justice pour pouvoir tenir les deux derniers", a déclaré Nelson Chamisa, porte-parole du MDC.

"Au moins 50 de nos militants ont été tués dans des attaques violentes. Les auteurs de ces violences ont adopté une nouvelle stratégie: ils enlèvent des membres clés du parti, qu'au bout de quelques jours, nous retrouvons morts."

Chamisa s'est néanmoins montré confiant en une victoire de Tsvangirai.

"Nos sympathisants des zones rurales sont déplacés et des membres clés ont été enlevés et tués, ce qui paralyse notre campagne. La commission électorale du Zimbabwe et l'armée travaillent de concert pour faire avancer la cause de la Zanu-PF", a-t-il dénoncé.

"Mais en dépit de ces désavantages, notre candidat M. Tsvangirai va gagner l'élection. Le slogan de notre campagne est +Finissons-en" et tout cela n'est que douleurs de l'enfantement d'un nouveau Zimbabwe," a-t-il assuré.

Tsvangirai, 56 ans, a infligé une défaite historique à Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, à l'issue du premier tour, mais n'a pas officiellement remporté la majorité absolue nécessaire pour éviter un second tour.

Le parti au pouvoir a en outre perdu les législatives organisées simultanément, pour la première fois depuis l'indépendance de l'ex-Rhodésie du sud britannique en 1980.

Mugabe a lancé sa campagne dimanche, accusant à nouveau le leader du MDC de comploter avec l'ex-puissance coloniale. Il a attribué les mauvais résultats du premier tour à la désunion de la Zanu-PF et appelé ses partisans à se rassembler.

Les élections se déroulent alors que le Zimbabwe est en plein marasme économique, avec une inflation officielle la plus élevée du monde, à plus de 165.000% sur l'année. Le chômage dépasse les 80% et un quart des 13 millions d'habitants ont fui le pays, la plupart vers l'Afrique du Sud.

L'un des proches alliés de Mugabe, le chef de la police nationale, Augustine Chihuri, a reconnu mardi que la situation actuelle du Zimbabwe était problématique, mais assuré que le pays ferait un jour des envieux.

"La Nation est confrontée en ce moment à une myriade de défis et de machinations de forces externes, et de leurs sympathisants internes, et son existence même est menacée par des pantins", a-t-il dit en référence à Tsvangirai.

"Mesdames et messieurs, avec 100% d'émancipation et d'indépendance, notre pays suscitera l'envie de beaucoup", a-t-il affirmé lors d'une cérémonie pour des gradés.

Publié dans L'AFRIQUE

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