UFDR : Charles Massi s'explique

Publié le par Fodem

1. Le Confident (LC) : Colonel Charles MASSI, le 12 mai 2008, Monsieur Michel AM NONDROKO DJOTODIA, Président de l'Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (U.F.D.R.) vous a désigné, ès qualité, Coordonnateur Politique de son Mouvement.

Qu'est-ce qui a motivé votre accord, vous qui êtes un démocrate, Président d'un Parti Politique légalisé, le FODEM (Forum Démocratique pour la Modernité) ?

Charles MASSI (CM) : Par instinct de conservation, endiguer l'acharnement du Président BOZIZE à enterrer politiquement le FODEM et son Président. Désigné ès qualité, Coordonnateur Politique, je me suis volontairement mis à l'écart de mon Parti pour éviter l'amalgame et préserver les Combattants de la chasse aux sorcières.

En m'empêchant de retrouver mon siège de Député au Parlement, en refusant délibérément de signer le Décret entérinant ma désignation, le 20 février 2008, au Comité Préparatoire du Dialogue Politique Inclusif, tout en signant promptement le Décret désignant le Représentant de la rébellion de l'A.P.R.D. à quelques jours de la fin des Travaux, le Président BOZIZE a prouvé qu'il n'avait d'égards que pour les politiques qui défendent leurs droits avec des armes.

Il n'y a de démocrates que de régimes politiques où la force est au service de la défense du Droit, et jamais dans les dictatures s'abritant derrière les voiles de la démocratie.

Je vous précise, tout de même, que l'U.F.D.R. n'est plus en belligérance avec le Pouvoir de Bangui depuis la signature, à Birao, le 13 avril 2007, de l'Accord de Paix, entre le Gouvernement et les rebelles. Ce Mouvement. s'est engagé dans le processus du Dialogue Politique Inclusif, son Chef Militaire Zakaria DAMANE a été nommé Conseiller Spécial à la Présidence de la République, un proche collaborateur du Président BOZIZE, troupes rebelles et Forces Armées Centrafricaines (FACA) patrouillant ensemble dans le Nord Est de Centrafrique.

L'U.F.D.R. n'étant plus un danger pour la sécurité de l'Etat, est en droit d'entretenir des relations normales avec n'importe quel centrafricain dans leurs propres intérêts. C'est dans le but de faire coïncider ses préoccupations avec celles de la Nation toute entière que l'U.F.D.R., cherchant à nouer un partenariat avec un politique centrafricain, son Président m'a fait appel.

Nos objectifs s'étant révélés convergents, j'ai accepté de travailler avec l'U.F.D.R.

2. L.C. : Si l'U.F.D.R. n'est plus une menace pour la sécurité de l'Etat, pourquoi le Gouvernement Centrafricain a-t-il réagi aussi violemment à votre désignation, de même que l'Etat Major de l'U.F.D.R. qui l'a rejetée ?

C.M. : Le silence du Gouvernement aurait été une grande surprise. Moi-même, je ne m'attendais pas à ce que les troubadours qui conseillent le Président BOZIZE accueillent cette désignation la fleur au fusil.

Dans le calcul du Chef de l'Etat, en me fermant la porte de l'Assemblée Nationale et celle du Dialogue Politique Inclusif, il pensait ainsi écarter de la Table Ronde un témoin gênant de la dérive de sa gestion hiératique, sectaire et familiale et faire de cet événement une simple promenade de santé.

Avec un effectif pléthorique de 150 Délégués à Table Ronde du Dialogue devant se tenir à Bangui, des leaders politiques complaisants, le partage de strapontins ministériels à la fin des travaux, l'impunité pour des présumés responsables d'actes criminels, le Président BOZIZE s'ouvrait un grand boulevard pour l'élection présidentielle de 2010 qu'il devait remporter dès le premier tour, alors que le premier mandat reste globalement calamiteux.

Avec ma désignation comme Coordonnateur Politique de l'U.F.D.R., le Président BOZIZE fait face à une surprise de guerre dont il devra gérer les conséquences.

La position de l'Etat Major de l'U.F.D.R. est un problème interne entre le Bureau Politique et sa branche armée. La volonté du Bureau Politique de renégocier l'Accord du 13 avril 2007 a donné l'occasion au Gouvernement de mettre la pression sur l'Etat Major, le menaçant de rendre public le montant de l'enveloppe accompagnant la signature de l'Accord de Birao.

3. L.C. : Si votre engagement dans l'U.F.D.R. était de sauvegarder votre avenir politique et celui de votre Parti, pourquoi le Bureau Politique du FODEM vous a-t-il suspendu?

C.M. : Par pur appât de gain. De vrais Combattants du FODEM ne se seraient pas couverts de ridicule en suspendant leur Président qui s'est volontairement mis à l'écart pour les protéger. Mais, surtout, ils auraient respecter nos procédures statutaires, s'agissant d'une décision aussi importante.

Le fameux Bureau Politique dont la presse fait état est composé de 5 escrocs ayant démissionné du FODEM depuis 2004 pour rejoindre le K.N.K., le parti du Président BOZIZE, pour y être nommés Maire, Préfet et Sous-Préfet. Ce sont ces va-nu-pieds qui sont instrumentalisés par le régime dans le vain espoir de discréditer le Coordonnateur Politique de l'U.F.D.R.

En faisant appel à de tels hommes de paille, le Président BOZIZE prouve que son régime est aux abois. Je me permettrais, respectueusement, d'attirer son attention en l'invitant à une lecture minutieuse des évènements qui se sont déroulés en Centrafrique, depuis la tentative du coup d'Etat du 28 mai 2001 par le Général André KOLINGBA jusqu'à la fin du régime de PATASSE, le 15 mars 2003.

En faisant ce simple exercice, il se rendra rapidement compte qu'il est en train de faire exactement ce qui a été à l'origine de la chute de son prédécesseur : l'entêtement coupable à vouloir organiser le Dialogue Politique à Bangui ; la manipulation des partis politiques pour discréditer leur président, la rétrogradation des officiers généraux et supérieurs de leurs galons, et leur condamnation à mort par contumace : les mêmes causes produisent les mêmes effets.

4. L.C. : En dernier mot, Colonel Charles MASSI, Coordonnateur Politique de l'U.F.D.R., quels sont les objectifs du Mouvement auquel vous venez d'adhérer, par rapport au Dialogue Politique Inclusif ?

C.M. : La dégradation de la situation du pays, au plan politique, économique et sécuritaire, exige une thérapeutique radicale pour arrêter l'inexorable descente du Peuple Centrafricain dans l'enfer de la misère.

Le Dialogue Politique de septembre à octobre 2003 avait adopté des Recommandations pertinentes, apportant des solutions crédibles à 99% des problèmes qui minent le développement économique du pays.

Ces Recommandations ont été prises en compte dans l'élaboration de la Constitution du 27 décembre 2004 ayant créé de solides Institutions démocratiques. Le vrai problème touche aux personnes qui dirigent ces Institutions.

Comment comprendre que, 50 années après l'Indépendance, on en soit encore à des régimes issus des élections démocratiques dont la gestion reste ancrée dans les atteintes permanentes au principe de l'impartialité de l'Etat, avec monopole régional, ethnique et familial dans tous les rouages de l'Etat : Présidence de la République, Gouvernement, Directions des Cabinets des Ministères, Entreprises et Offices Publics, Assemblée Nationale, Cour Constitutionnelle, Justice, au détriment des hommes de valeur.

La mission de la Table Ronde du Dialogue Politique Inclusif est de corriger ces graves dysfonctionnements par des réformes institutionnelles appropriées.

C'est pourquoi, le Bureau Politique de l'U.F.D.R. exige t-il que la Table Ronde du Dialogue Politique Inclusif se tienne à l'extérieur, avec un quota limité des personnalités les mieux qualifiés de leurs entités, tout en appelant toutes les Forces Vives Centrafricaines à s'associer à cette démarche.
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Publié dans INTERVIEWS

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