Etats Unis - Presidentielle 08 : Que veut Hillary Clinton ?

Publié le par Richard Hetu - Cyberpresse

Tout peut arriver. Depuis plusieurs semaines, Hillary Clinton répète cette lapalissade pour justifier son maintien dans la course à l’investiture démocrate. Vendredi, la prétendante démocrate est allée au bout de sa logique en évoquant le spectre de l’assassinat politique.

«Nous nous souvenons tous que Bobby Kennedy a été assassiné en Californie en juin», a-t-elle déclaré devant les membres de l’équipe éditoriale d’un journal de Sioux Falls, dans le Dakota-du-Sud, un des deux États qui tiendront des primaires le 3 juin, les dernières.

L’Argus Leader diffusait cette rencontre en direct sur l’internet. Un journaliste du New York Post, qui n’était même pas au Dakota-du-Sud, a aussitôt publié sur le site de son journal la déclaration de la sénatrice Clinton, qui a semé l’émoi.

Que veut Hillary Clinton? Mercredi, au lendemain des primaires du Kentucky et de l’Oregon, la question était sur les lèvres de tous ceux qui s’intéressent à la campagne présidentielle américaine. Elle donne aujourd’hui un frisson dans le dos.

Voici ce que Michael Goodwin, chroniqueur respecté du Daily News de New York, a écrit sur la «gaffe monumentale» d’Hillary Clinton: «Nous avons vu une radiographie d’une âme très sombre. Une âme dévorée par une ambition crue où l’assassinat possible d’un adversaire peut être évoqué à des fins stratégiques. Sinon, pourquoi le meurtre est-il entré dans son esprit?»

Hillary Clinton s’est défendue en disant qu’elle avait passé les derniers jours à penser aux Kennedy, dynastie politique dont le patriarche vient d’apprendre qu’il souffre d’un cancer au cerveau. Aussi était-il normal, suivant la logique de la sénatrice, qu’elle mentionne l’assassinat de Robert Kennedy.

Cette défense ne tient pas debout. Hillary Clinton, la plus disciplinée des candidats, a fait la même déclaration au magazine Time en mars dernier, après qu’Edward Kennedy eut donné son appui à Barack Obama, sur lequel pèsent des menaces de mort.

Son autre défense n’est guère plus convaincante. Selon ses propres dires, Hillary Clinton est revenue sur l’assassinat de Robert Kennedy pour rappeler que les courses à l’investiture démocrate se sont souvent prolongées jusqu’en juin. Le frère de John Kennedy a été tué le 5 juin 1968 à Los Angeles après avoir remporté la primaire de la Californie.

Que veut Hillary Clinton? Il reviendrait à un auteur digne de Shakespeare d’aller au fond de cette âme compliquée qui fait face au plus grand échec de sa vie. En attendant, on peut penser qu’à la surprise de l’ex-première dame des États-Unis se mêle une vive amertume. Comment expliquer autrement l’aveuglement qui lui a fait comparer cette semaine les résultats invalidés des primaires de la Floride et du Michigan à l’élection présidentielle du Zimbabwe?

La Floride et le Michigan font aussi partie des arguments invoqués par Hillary Clinton pour justifier son refus de quitter la course. La sénatrice de New York a remporté la victoire dans ces deux États qui ont enfreint les règles du Parti démocrate en devançant la date de leurs primaires. Elle veut aujourd’hui que le parti change ses règles et tienne compte des votes et des délégués des deux États rebelles.

Si ces résultats étaient reconnus, Hillary Clinton pourrait devancer Barack Obama sur le plan des votes, surtout si elle remporte une large victoire à l’occasion de la primaire de Porto Rico, le 1er juin. Elle continuerait cependant à tirer de l’arrière sur son rival au chapitre des délégués, la mesure déterminante.

Que veut Hillary Clinton? Cette semaine, elle a comparé son combat pour la reconnaissance des votes de Floride et du Michigan à celui des abolitionnistes et des suffragettes, faisant preuve d’un «cynisme époustouflant», selon Josh Marshall, éditeur du site Talking Points Memo et blogueur respecté. Marshall, comme d’autres critiques d’Hillary Clinton, soupçonne la sénatrice de se positionner pour pouvoir dire qu’on lui a volé la nomination démocrate.

Que veut Hillary Clinton? Des membres de son entourage, dont son mari, exercent des pressions pour que Barack Obama fasse d’elle sa colistière. Ses déclarations des derniers jours donnent à penser que le poste ne l’intéresse pas.

Son amertume est compréhensible. Hillary Clinton a remporté presque la moitié des votes et des délégués au cours de la course à l’investiture. Sa popularité ne fait aucun doute auprès des femmes et des Blancs de la classe ouvrière, deux électorats importants pour les démocrates.

Et pourtant, Barack Obama remportera l’investiture démocrate, à moins d’un malheur.

Publié dans LE MONDE

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