Face à Clinton, Obama fait une nouvelle foulée vers la victoire

Publié le par Le Point.fr

"Vous nous avez mis à la portée de la nomination démocrate pour la présidence des États-Unis. Nous revenons dans l'Iowa avec la majorité absolue des délégués élus par le peuple américain", a proclamé un Barack Obama triomphant devant une foule de partisans rassemblés mardi soir devant le Capitole de Des Moines, capitale de l'Iowa. Peu auparavant, la chaîne d'information continue CNN venait de calculer que le sénateur de l'Illinois venait en effet de dépasser le seuil de 1.627 qui constituait la majorité du total des délégués élus durant les primaires et caucus démocrates.

Pourtant, Hillary Clinton avait affirmé deux heures plus tôt devant ses partisans enthousiastes, réunis à Louisville dans le Kentucky : "Cette élection est la plus serrée qu'on ait connue. Pas plus le sénateur Obama que moi-même n'aurons atteint le chiffre magique de la majorité des délégués, qui est de 2.210, d'ici la fin des primaires, le 3 juin." Hillary a donc promis de continuer de se battre pour la nomination de son parti "jusqu'à ce que nous ayons désigné notre candidat, quelle qu'elle soit", a-t-elle ajouté, manière d'afficher son assurance qu'elle peut encore l'emporter au finish contre son rival.

La soirée de mardi s'est soldée en réalité par un nouveau match nul entre les deux rivaux, et Obama a fait une nouvelle foulée vers la ligne d'arrivée et la victoire. Hillary Clinton a écrasé Barack Obama dans le Kentucky avec 65 % des voix contre 30 %. Il l'a emporté facilement dans l'Oregon, avec 58 % contre 42 % (sur la moitié des votes). Ces résultats n'ont en fait pas changé l'avance qu'Obama s'est assurée au nombre de délégués élus. Ils n'ont pas changé non plus les termes du débat qui continue de faire rage entre les deux prétendants démocrates.

Ceux-ci s'affrontent désormais à coups de chiffres et de projections avec pour objectif les "super délégués", ces notables non élus du parti. Paradoxalement, seul compte désormais le choix de ces super délégués, c'est-à-dire de l'establishment du parti. La bataille des super délégués sera l'ultime primaire de l'année et elle sera décisive.

Obama met la pression de manière peu subtile sur les super délégués

S'il a raison de déclarer qu'il a une majorité des délégués élus, Obama n'a en effet pas encore la majorité réelle de tous les délégués nécessaires à sa désignation, qui est de 2.025. Il ne pourra atteindre ce chiffre que si suffisamment de "super délégués" se rallient à lui. Ils sont pour l'heure 304 à avoir déclaré leur intention de le faire, contre 280 pour Hillary. Ce qui n'est pas suffisant pour lui garantir la nomination. Il en reste entre 215 et 240 (le chiffre varie selon les sources) qui sont toujours officiellement neutres, et qui attendent le 3 juin pour se prononcer.

Il en faut une centaine à Obama pour s'assurer la nomination. En s'autoproclamant vainqueur dans le collège des délégués élus, Obama fait en fait pression, de manière assez peu subtile, sur les super délégués, en leur expliquant qu'ils doivent à présent suivre la volonté exprimée par les militants du parti, et voter pour lui, et que choisir Hillary (ce que les super délégués sont en droit de faire) serait contraire à la démocratie.

Mais Hillary Clinton espère elle aussi encore convaincre les indécis de se prononcer pour elle. D'une part, elle plaide pour la prise en compte des délégués élus en Floride et dans le Michigan, dans des primaires jugées irrégulières par la direction du parti. Si la commission des conflits du parti, qui se réunit le 31 mai, décide de compter la Floride et le Michigan, la majorité nécessaire à la nomination passera de 2.025 à 2.210, et l'écart entre Obama et Hillary se réduira à une centaine de délégués (contre 181 actuellement).

Hillary affirme aussi qu'elle a remporté la majorité des voix qui se sont exprimées au cours des primaires, en particulier si on comptabilise la Floride et le Michigan. Mais son principal argument est politique. Il se résume à la question qu'elle a de nouveau posée au soir de sa victoire dans le Kentucky : qui est le candidat le mieux placé pour battre le républicain John McCain en novembre ? Sur ce point, le verdict est loin d'être évident.

Une fois de plus la journée du 20 mai a montré qu'Obama peut compter sur l'appui massif des élites aisées et de la jeunesse étudiante (majoritaires chez les démocrates de l'Oregon), ainsi que des Noirs, mais qu'il n'attire pas les pauvres, les ruraux, les retraités, ni la majorité des femmes (ce qu'on a pu vérifier dans le Kentucky).

La priorité d'Obama : séduire les partisans de Clinton

Cette faiblesse peut coûter cher au Parti démocrate en novembre, en particulier dans les États dits "pourpres" (où le bleu démocrate se mélange au rouge républicain), c'est-à-dire ceux où la clé du vote est un électorat populaire, ouvrier ou rural, à faible niveau d'éducation, qui peut aussi bien voter démocrate (pour les programmes économiques et sociaux) que républicain (pour la sécurité nationale ou les "valeurs" culturelles).

Ces États (Pennsylvanie, Ohio, Virginie-Occidentale, Kentucky, Michigan) ont tous préféré Hillary à Obama dans les primaires. Ils avaient été au coeur des victoires de Bill Clinton en 1992 et 1996. Certains avaient été perdus en 2000 par Gore et en 2004 par Kerry, ce qui avait mené les démocrates à la défaite. Les partisans de la sénatrice de New York n'hésitent pas à brandir des études réalisées par Karl Rove, stratège des campagnes victorieuses de Bush en 2000 et 2004, qui montrent qu'en l'état actuel des sondages, McCain battrait facilement Obama dans le collège électoral, comme Bush l'avait emporté sur Kerry en 2004. Certains conseillers d'Obama reconnaissent en privé que c'est vrai, mais qu'il est absurde de juger ce qui se passera en novembre, alors que la campagne n'a même pas encore officiellement commencé, et que le Parti démocrate n'a même pas choisi son candidat.

Celui-ci aura vraisemblablement pour nom Obama. Mais il est plus que jamais certain que sa première priorité va être de séduire les partisans d'Hillary. Ce qui explique qu'il lui a consacré un hommage appuyé mardi soir, même s'il avait un petit air d'éloge posthume à un adversaire valeureux qu'il espère bientôt pouvoir enterrer pour de bon, avec un coup de main des super délégués.

Publié dans LE MONDE

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