Lilian Thuram : «Etre victime de racisme, c'est le nourrir»

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Dans le paysage footballistique, Lilian Thuram détonne. Habitué à prendre position contre le racisme, le recordman français de sélection (138) n’entend pas forcément sanctionner les clubs dont les supporters dérapent, mais veut plutôt éduquer les victimes d’actes racistes.

«Il faut travailler avec les victimes du racisme, les amener à ne plus être touchées par le racisme, parce que s'il n'y a plus de victime, alors il n'y aura plus de bourreau, et être victime du racisme, c'est le nourrir», a expliqué Lilian Thuram, lors d'un point presse conjoint avec Eva Smith-Asmussen, présidente de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (Ecri) du Conseil de l'Europe.

«Je ne suis pas touché et, à la limite, j'ai de la compassion»

«On me demande pourquoi je reste calme quand j'entends des bruits de singe dans les tribunes: c'est parce que je comprends l'histoire qui amène certaines personnes à penser qu'un Noir peut être blessé quand il entend ces cris. Il faut éduquer à comprendre pour être vacciné. Je ne suis pas touché et, à la limite, j'ai de la compassion pour ceux qui font preuve de stupidité.»

A propos de l'affaire Ouaddou, victime d'insultes racistes dont l'auteur a été condamné mardi à trois mois de prison avec sursis, Thuram avance que «si on est blessé par des attaques racistes, c'est peut-être parce qu'on a intégré ce discours raciste». «On a posé à un moment donné de l'histoire l'équation Noir = sous-homme = esclave, mais il faut savoir s'en détacher et comprendre la situation sans être blessé.»

«Faire en sorte que Ouaddou ne soit pas autant blessé que ça»

Selon le défenseur du FC Barcelone, l'affaire Ouaddou est emblématique du racisme ordinaire: «Ouaddou subit le racisme, il va voir la personne dans la tribune. L'arbitre, qui pourrait aller en sa faveur, lui donne un carton jaune. Ouaddou s'excuse, comme s'il avait fait quelque chose de mal, comme s'il était coupable. Souvent, ceux qui sont victimes du racisme ont tendance à ne rien faire parce qu'ils se disent que, de toute façon, on ne va pas les comprendre. Justement, il faut dénoncer. Mais il faudrait aussi faire en sorte que Ouaddou ne soit pas autant blessé que ça.»
Cesar Rangel AFP/Archives ¦ Le joueur de football français Lilian Thuram, le 23 octobre 2006 à Barcelone



P.K. (avec agence)

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