Déclaration n°12/ADP/08 : Situation Sécuritaire de la République Centrafricaine et impunité au sein des Forces de Défense et de Sécurité

Publié le par Olivier Gabirault

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES)  a suivi avec surprise les déclarations du Président de la République des 15 Mars 2008 14 Avril et 17 Avril 2008,respectivement à l'occasion de la célébration du 5ème anniversaire du coup d'état du 15 Mars 2003,de l'ouverture et de la clôture du Séminaire National de Réflexion sur la Réforme du Secteur Sécuritaire.

L'ADP rappelle tout d'abord que le chef de l'Etat avait agité l'insécurité comme un épouvantail pendant la campagne des élections Présidentielles de 2005. Il avait surtout fait de ce fléau son cheval de bataille pendant ces élections,prétendant être le seul capable de l'erradiquer, et la population en avait pris bonne note.

En 2008, la nation toute entière et la communauté internationale constatent au contraire avec effroi, l’escalade de l’insécurité qui s’est généralisée avec divers aspects plus dangereux, au point où la population la vit quotidiennement sous ses multiples formes et conséquences, ayant la nette impression d’être sous une affreuse occupation militaire.

Mais le plus grand drame dans toute cette situation est le satisfecit personnel, injustifié et surprenant que se délivre le Président de la République au sujet de la sécurité qu’il prétend avoir ramenée dans le pays, n’hésitant pas à l’affirmer dans d’incessantes déclarations, la plus récente étant celle du 15 mars 2008.

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut-il raisonnablement affirmer qu’il y a la sécurité dans le pays alors que c’est justement à cause de l’insécurité que la viande de bœuf, aliment jusque là éminemment abondant, à la portée de la bourse de toute la population, est devenue non seulement rare, mais hors des possibilités des Centrafricains même moyens ?

 

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale  contre la volonté de la Constitution, ne peut-il  pas s’apercevoir ou reconnaître qu’à cause de l’insécurité généralisée, les éleveurs et leurs bœufs qui manquaient de protection ont quitté la République Centrafricaine , ce qui a créé des conséquences directes sur la vie quotidienne de la population, dans un pays qui comptait autant d’habitants que de bœufs, donc éminemment abondants pour leurs besoins alimentaires ?

Sur ce point, si le pouvoir écoutait des conseils ou mises en garde, il aurait pris en compte la déclaration n°01/ADP/05 du 18 octobre 2005 qui attirait déjà son attention sur cette situation pourtant prévisible à l’époque.

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, ne  peut-il pas s’apercevoir ou reconnaître que tous les jours, des exactions inhumaines sont commises par des hommes en armes sur la population civile un peu partout dans le pays ?

Comment le Président de la République,Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut-il ignorer que le paysan manque de sécurité pour ses activités, l’écolier pour visiter sa famille pendant les vacances scolaires, le médecin pour aller soigner la population à l’intérieur du pays, l’opérateur économique, le voyageur pour se déplacer ?

 Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut- il ignorer que les hommes en armes chargés de protéger la population sont devenus au contraire ses ennemis, ayant dressé des barrières illégales destinées à la racketter en moyenne tous les 50 km, le long de toutes les voies tant routières que fluviales du pays ?

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut-il ignorer que juste avant sa déclaration trompeuse du 15 mars 2008 sur la sécurité, le Maire de KOUI, pris en otage par des coupeurs de route quelques semaines auparavant contre le versement d’une rançon, a été sauvagement exécuté ?

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut-il parler de sécurité dans le pays, dès l’instant où juste après cette déclaration trompeuse, un élément de sa propre garde a abattu 5 personnes d’une manière aveugle, barbare à une place mortuaire, causant par ailleurs de nombreux blessés graves  actuellement à l’hôpital ?

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution ne peut-il pas savoir que l’insécurité a même atteint les couloirs de la Présidence du fait de l’assassinat de son propre Directeur du Protocole par son propre médecin militaire, condamné aujourd’hui à 5ans de prison en attendant une mesure de grâce certaine avant l’expiration de cette peine complaisante ?

Comment Le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut-il garder silence pendant que l’Est de la République Centrafricaine, précisément le Haut M’BOMOU et sa population, coupés du reste du pays, abandonnés, sans protection, sont soumis aux exactions les plus inhumaines et les plus esclavagistes de la rébellion ougandaise, ayant procédé à la déportation vers une destination inconnue, des centrafricaines et des centrafricains ?

Comment le Président de la République, Ministre de la Défense Nationale contre la volonté de la Constitution, peut-il garder silence face aux incursions répétées des forces régulières tchadiennes dans le Nord de la République Centrafricaine, précisément à PAOUA, incursions ayant eu pour bilan des morts au sein de la population civile, des viols, et l’incendie de 100 cases ?

Comment comprendre que des faits aussi graves aient fait l’objet d’une censure sur le plan national et n’ont été portés à la connaissance de la nation centrafricaine que grâce à l’ONG « Human Rights Watch » et Radio France internationale ?

Pour l’ ADP, un satisfecit aussi surprenant laisse supposer deux hypothèses :

La première est que le Président de la République, à force de penser que tout va bien depuis son accession au pouvoir, aurait fini par ne pas se rendre compte de la vraie réalité du pays, qui s’enlise au contraire de plus en plus, dans tous les domaines.

La seconde serait le fait que, conscient de cette réalité, le Chef de l’Etat préfère pratiquer : le trompe l’œil, la manipulation, la récupération politique systématique pour faire diversion, l’amalgame, la désinformation, l’intoxication, la corruption en toutes circonstances, le mensonge éhonté, le silence lâche, coupable devant les conséquences de ses propres actes, l’impunité, l’injustice, l’intolérance, le non respect de la parole donnée ou de sa propre signature, le clanisme, le tribalisme, le régionalisme, le sectarisme, l’exclusion, la justice privée, la violence verbale et physique, la gestion opaque des ressources naturelles, les propos  inciviques, de haine et de division qui dérèglent déjà profondément   la société centrafricaine, l’insécurité, bref le désordre organisé.

Dans tous les cas, la situation est toujours très grave car la méthode pratiquée pour de basses raisons politiques est cruelle pour l’avenir du pays du fait qu’elle l’enfonce dangereusement dans une dérive morale généralisée, alors que la population qui aspire à la paix, à l’épanouissement général, a besoin d’une réconciliation véritable, de la bonne gouvernance, d’un comportement digne, responsable, exemplaire de ses dirigeants, de l’éducation civique, de l’éducation au développement nécessaires à la reconstruction nationale.

Plus grave, il a fallu que la communauté internationale, à l’occasion de la Table Ronde de Bruxelles de 2007 fasse de l’insécurité une des conditionnalités du déblocage des 300 milliards destinés à la lutte contre la pauvreté pour que le pouvoir prenne sur place l’engagement de combattre l’insécurité.

L’ADP constate que les discours du Président de la République à l'ouverture et à la clôture du Séminaire National de Réflexion sur la Réforme du Secteur Sécuritaire constituent incontestablement un aveu d'échec , car le Chef de l’Etat a fini par reconnaître sous la pression des évènements et de l’évidence, qu’il y a de graves problèmes de sécurité dans le pays, se contredisant ainsi sans aucune gêne  par rapport à sa récente affirmation qui date seulement d’un mois sur cette question.

L’ADP affirme dans ces conditions que l’insécurité en Centrafrique découle principalement de sombres et indignes calculs politiques.

Elle est utilisée d’une manière ignoble comme un moyen de dissuasion politique et de mise sous scellé de l’ensemble du pays, considéré dans l’esprit de certains comme une conquête personnelle depuis le putsch du 15 mars 20003, donc une propriété à préserver par des méthodes barbares.

Les déclarations surprenantes et déroutantes du Président de la République ,  l’impunité garantie aux auteurs de graves et crapuleux crimes, le refus de certains éléments des forces de défense et de sécurité de se présenter devant la justice à l’occasion des poursuites pour leurs fréquentes exactions contre la population, l’indiscipline dans l’armée dont l’une des manifestations a été le refus spectaculaire, public d’un sous-lieutenant de se soumettre aux ordres d’un général, affirmant n’avoir de compte à rendre qu’au Chef de l’Etat, le slogan incivique et dangereux lors de la campagne des élections présidentielles de 2005 selon lequel : « Avec les urnes, nous gagnons, avec les armes, nous gagnons », ne démentiront pas l’ADP dans son affirmation.

Le Séminaire National de Réflexion sur la Réforme du Secteur Sécuritaire est dicté aujourd’hui par les conditionnalités de Bruxelles, par l’exaspération de plus en plus grandissante de la population face aux multiples exactions inhumaines des forces de défense et de sécurité ainsi que par l’opportunité d’aide que le pouvoir  attend de la communauté internationale à ce sujet, comme le prouve d’ailleurs l’insistance du discours du Chef de l’Etat à la cérémonie d’ouverture.

Tout en souscrivant aux conclusions de ce forum, le parti estime cependant que l’application ou l’efficacité des mesures issues de ce séminaire dépendra beaucoup plus des plus hauts dirigeants politiques et militaires du pays auxquels les soldats sont attachés par des liens d’affinité clanique et politique.

L’ADP condamne fermement la situation actuelle du pays où l’absence de sécurité a tout déréglé, au sein duquel la mort ne suscite plus d’émotion car désormais banalisée du fait que la vie n’a plus un caractère sacré et inviolable, où personne n’est à l’abri de l’arbitraire et de la gâchette facile, de surcroît impunie.

L’ADP rend le Président de la République personnellement responsable de cette  situation et l’exhorte par ailleurs à en prendre non seulement conscience, mais à tout faire pour mettre fin sans délai à ce très grave fléau destructeur qui hypothèque complètement l’avenir de notre pays.

 

                                               Fait à Bangui le 21 avril 2008

                                                      Le Président National

                                                     E. Olivier GABIRAULT

 

Publié dans LES COMMUNIQUES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article