CENTRAFRIQUE : L'UNIVERSITE DE BANGUI VICTIME DE TRIBULATIONS ETHNICO - POLITIQUES

Publié le par LE CONFIDENT

Les multiples critiques et analyses, auxquelles la communauté universitaire nous a habitués depuis les dernières nominations aux différents postes de responsabilités académiques, ont tenté d'appréhender, nul ne le doute, la montée, à l'université de Bangui, de la conflictualité en termes de sectarisme ethno politique. Termes qui ne récusent pas, au demeurant, les acteurs eux-mêmes.

Avec la nomination, à la primature, d'un « professeur des Universités » dont les relations personnelles et les alliances familiales ou inter familiales auraient certainement servi de critères de choix, s'ouvre désormais une ère d'« aggiornamento» à l'université de Bangui : celle de la responsabilisation systématique des enseignants chercheurs restés fidèles à la famille politique de la majorité présidentielle, et surtout ayant des alliances avec les communautés ethniques de l'Ouest et du Nord ouest. Comme preuve : le Recteur, le Vice Recteur, le Secrétaire Général ont dû bénéficier de ces bonus de confiance.

A l'image du Cabinet du ministre de l'Éducation, véritable ghetto de toute une communauté ethno régionale, le rectorat risquerait de s'organiser à l'identique. D'ailleurs, une personnalité académique qui a requis l'anonymat aurait déjà déclaré que : « le rectorat restera toujours la chasse gardée et le patrimoine inattaquable des fidèles au pouvoir...»

Par conséquent, rien n'indique aujourd'hui que l'éthique même de l'Université de Bangui, de plus en plus meurtrie par le sectarisme ethno politique et les fièvres du régionalisme et de l'allégeance aux hommes au pouvoir, pourrait être réhabilitée à court terme. Surtout dans un contexte de crise sociale où les dignitaires nantis du régime en place privilégient désormais l'appartenance ethno politique aux critères d'émulation, d'excellence et de productivité scientifique.

C'est pour dire que le risque de tomber gravement dans le népotisme, les querelles de chapelle, le caporalisme mesquin, la méfiance et la médiocrité, es éminemment grand, alors qu'on assiste désormais à un enrichissement organisé et disproportionné d'une prétendue « élite universitaire », appelée aux affaires publiques de manière opportuniste, et dont les pratiques rustiques révèlent une université « en panne », victime des tribulations ethno politiques et des rivalités de petits politicards aux visions étriquées.

A qui la faute ? S'interroge aujourd'hui le grand public. En réalité, beaucoup d'analystes bien sérieux insistent souvent, non seulement sur le rôle négatif des acteurs de la politique politicienne, non universitaires, mais aussi et surtout, sur celui des «universitaires opportunistes et affamés » dont le rêve premier est d'entretenir mordicus leurs ventres quitte à sacrifier certains de leurs collègues universitaires restés à l'écart du cercle politique ou familial du pouvoir.

Bref, tous les moyens sont aujourd'hui utilisés par ces « nouveaux convertis » ou « multi reconvertis » pour atteindre ce nouvel Eldorado (la politique du ventre gros) : fiches mensongères, messes nocturnes, consultations des oracles, prostitution intellectuelle, allégeances politiques, etc. Autant de réflexes humiliants et indignes qui n'honorent nullement cette grande institution du « grand savoir » qu'est l'université de Bangui.

Alors qu'au Gabon, au Tchad, au Cameroun, au Congo, en Guinée Équatoriale et ailleurs, dans toute la sous région d'Afrique Centrale, force est donnée aux grades et à la productivité scientifique pour prétendre à des postes de responsabilités académiques, en République Centrafricaine, seules l'allégeance politique et l'appartenance à une communauté ethno régionale suffisent.

Voilà clairement établies, les principales raisons du découragement et de plusieurs fuites des cerveaux aux niveaux de l'Université de Bangui, au moment même où partout ailleurs, des mesures initiatives, dissuasives, voire compensatoires, sont prises pour juguler ces saignées qui se font depuis plusieurs années au profit des «diasporas scientifiques» ou de plusieurs «pôles d'excellence» susceptibles de permettre une meilleure rentabilisation des intelligences exilées.

L'Université dépositaire du savoir universel doit garder ses lettres de noblesse et privilégier l'émulation et l'excellence.

Karim Maloum Badra Nadjibé

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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