Zimbabwe : le régime déploie ses troupes avant une grève générale

Publié le par Afp

HARARE (AFP) — Le régime du président zimbabwéen Robert Mugabe a déployé lundi des renforts policiers et militaires dans le pays, à la veille d'une grève générale appelée par l'opposition pour exiger la publication des résultats de la présidentielle du 29 mars.

La justice a rejeté lundi une requête de l'opposition demandant l'annonce des résultats.

"Le recours est rejeté et les frais de justice restent à la charge du requérant", a déclaré le juge Tendai Uchena, du tribunal de Harare.

La décision constitue un sérieux revers pour l'opposition qui espérait, en jouant la carte judiciaire, valider sa revendication de la victoire du chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai, 56 ans, au premier tour de scrutin.

Le Zimbabwe attend depuis 16 jours l'issue de la présidentielle, dans un climat de plus en plus tendu.

Le MDC a immédiatement réitéré son appel à la grève générale à partir de mardi et jusqu'à ce que les résultats soient publiés.

"Nous appelons la population à protester contre la ZEC (Commission électorale du Zimbabwe) qui n'a pas annoncé les résultats", a déclaré Thokhozani Khupe, vice-présidente du MDC.

La police a quant à elle averti qu'elle traiterait "sévèrement et fermement" tout fauteur de trouble, selon son porte-parole Wayne Bvudzijena, et a annoncé le déploiement de forces de sécurité supplémentaires, police et armée, dans tout le pays.

Dès lundi, des "mouvements militaires" étaient visibles sur les axes routiers menant à la capitale, a indiqué une source diplomatique occidentale.

Un agent électoral de l'opposition a par ailleurs été tué samedi soir, selon le MDC par des partisans de Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis l'indépendance de l'ex Rhodésie du sud britannique en 1980.

"Notre agent Tapiwa Mubwanda a été poignardé par un groupe de partisans de la Zanu-PF", le parti au pouvoir, a déclaré à un responsable du MDC sous le couvert de l'anonymat.

Selon lui, plus de 20 partisans de la Zanu-PF ont envahi la ferme de Mubwanda et ont attaqué l'agent électoral, dont le frère aîné Lainos a été blessé et hospitalisé dans un état grave.

La police a confirmé une attaque contre cet agent de la circonscription de Hurungwe West, au nord-ouest de Harare, mais a écarté l'hypothèse d'un meurtre politique.

Le MDC, qui a appelé lundi la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à envoyer des observateurs pour "évaluer la situation dans le pays", dispose désormais de peu d'options.

Sa tentative de mobiliser les leaders régionaux en sa faveur n'a guère porté ses fruits. Les dirigeants d'Afrique australe ont certes écouté les arguments de Tsvangirai lors d'un sommet extraordinaire samedi à Lusaka.

Mais ils ont publié une déclaration très pesée, appelant à la publication "diligente" des résultats de la présidentielle et tenant le gouvernement pour responsable de la sécurité en cas de second tour, sans jamais mentionner le président Mugabe.

Les précédents appels à la grève, qui remontent à avant les élections, ont été jusqu'à présent peu suivis. Les rares Zimbabwéens ayant encore un travail n'ont pas voulu renoncer à leur salaire dans un pays ruiné, où l'inflation est hors de contrôle à plus de 100.000% sur l'année.

En outre, la décision du MDC de boycotter un éventuel second tour, réclamé par le parti au pouvoir, conduirait automatiquement à la réélection du chef de l'Etat sortant.

La situation s'est enlisée davantage ce week-end, avec la remise en cause des résultats des législatives, jusqu'ici officiellement remportées par le MDC.

La commission électorale se prépare à reprendre à zéro samedi le décompte dans 23 circonscriptions sur 210, pour l'ensemble des scrutins du 29 mars (présidentiel, législatif, sénatorial et municipal), allégant d'irrégularités.

Le MDC a introduit un second recours en justice pour bloquer ce recomptage, dont l'examen devait commencer mardi.

Publié dans L'AFRIQUE

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