Etats Unis - Presidentientielle 08 : La xénophobie d’Hillary Clinton

Publié le par Les Echos

20_hillary_lg.jpgDans la course fébrile à l’investiture du candidat démocrate à l’élection présidentielle aux Etats-Unis, Barack Obama a récemment fait l’objet d’attaques de la part d’Hillary Clinton pour les commentaires maladroits de deux de ses conseillers. Mais ces coups de patte révèlent davantage la xénophobie subtile de Mme Clinton que les faiblesses de M. Obama.

Barack Obama traverse actuellement, cela ne fait aucun doute, les semaines les plus difficiles de sa campagne électorale. Tout d’abord, il y a eu la gaffe de sa conseillère en politique étrangère, Samantha Power, un personnage haut en couleur, taxant candidement Hillary Clinton de « monstre ». Puis il y eut les entretiens du principal conseiller économique d’Obama, Austan Goolsbee, avec des responsables du gouvernement canadien sur l’Accord de libre-échange nord-américain. Soudain, après des mois d’une campagne irréprochable, d’aucuns se demandent si Obama ne serait pas en train d’être « torpillé ». Voire s’il n’est pas en train de se torpiller lui-même, à l’instar de John Kerry.

Pourtant, au-delà du tohu-bohu ainsi déclenché, ces péripéties en disent plus long sur Hillary Clinton que sur Barack Obama. Car la réaction de Mme Clinton à ces gaffes - reprochant à son challenger démocrate de permettre à ses conseillers de parler aussi librement à des « journalistes et responsables étrangers » - laisse entrevoir, en filigrane dans toute sa campagne électorale, une xénophobie savamment dissimulée. Que voulait-elle dire en l’occurrence ? Que la course à la Maison-Blanche ne souffrait aucune déclaration à des étrangers ? Que leur parler revient à souiller l’image des Etats-Unis ?

Dans ce cas le message est clair : en tant qu’Américains et fiers de l’être, nous ne pouvons faire confiance à Obama. D’ailleurs, comment pourrait-on confier les rênes du pouvoir aux Etats-Unis à un homme dont le défunt père est originaire du Kenya, ce pays qui a fait la une de toutes les télévisions de la planète au cours des dernières semaines pour les actes de barbarie dont il est le théâtre ? Dans un pays où on a fini par convaincre les gens que le moyen de communication et le message véhiculé ne font qu’un, de telles images valent leur pesant d’or. S’agissant de l’incident de Goolsbee, les griefs sont les mêmes : Obama et son équipe sont évidemment déterminés à poignarder dans le dos d’honnêtes Américains, durs au travail, et à fréquenter ces Canadiens un brin inconscients.

L’exploitation disproportionnée et habile au plan tactique des dérapages passagers (Samantha Power) ou des déclarations naïves (Austan Goolsbee) est chose courante en politique. De plus, ces manoeuvres ont été parfaitement étudiées pour avoir une résonance particulière auprès d’un électorat américain inquiet à l’égard des perspectives économiques. Dans de telles conditions, la bonne vieille recette est souvent remise au goût du jour : le repli sur soi et le maintien des étrangers à distance de la politique américaine.

Ces deux incidents - et la phrase assassine d’Hillary Clinton sur ceux qui frayent avec les étrangers - n’auraient pas fait tant de vagues si la sénatrice de New York n’avait au cours de la même semaine de campagne électorale fait étalage de son réseau de contacts avec des responsables du monde entier (un réseau bien mince en réalité). Un jour, elle se flatte d’avoir partout ses entrées dans le monde, le lendemain, elle n’a que défiance pour tout ce qui n’est pas américain. De quel côté penche la balance, Mme Clinton ?

Les responsables du reste du monde, qu’ils aient affaire à une administration républicaine ou démocrate, savent quand on les considère comme d’authentiques partenaires (comme ce fut le cas par exemple sous l’administration de Bush Senior) ou comme de simples marionnettes. Nombre d’entre eux préféreraient une administration démocrate mais estiment que John McCain est un internationaliste bien plus ouvert qu’Hillary Clinton ne le sera jamais. Ils n’auront pas manqué de noter les répliques cinglantes de cette dernière contestant le droit d’associer des étrangers au débat, comme elle vient de le faire dans le cadre de cette campagne électorale. Des propos qui sont la marque d’une attitude méfiante, dominante, voire d’une xénophobie subrepticement dissimulée. Ces hauts responsables s’interrogent aussi probablement sur les finalités d’Hillary Clinton promettant au peuple américain de le débarrasser de sa dépendance à l’égard du pétrole « étranger » comme si c’était chose faisable.

Le pétrole étant une matière première, négociable au plan international et parfaitement fongible, il est difficile de faire la distinction entre pétrole étranger et pétrole national. Aussi une personne au parler vrai évoquerait-elle plutôt la nécessité de réduire la dépendance de la nation à l’égard du pétrole en soi (sachant que la distinction entre pétrole étranger ou national, pour être séduisante, n’en est pas moins erronée).

C’est là une différence majeure entre Barack Obama et Hillary Clinton. A l’heure où les Etats-Unis ont besoin d’être partie intégrante du système international - au lieu de se bercer de vaines illusions, à la manière d’Hillary Clinton, en croyant mener le jeu -, les schémas de pensée du premier semblent être plus appréciés. L’ouverture d’Obama sur l’international est crédible et sonne vrai dans de nombreux pays. A l’instar des millions de supporters qui le suivent aux Etats-Unis, beaucoup d’autres à l’étranger voient en lui un homme bien ancré dans le monde. Son attitude contraste nettement avec la pseudo-ouverture d’esprit de Hillary Clinton et de ses conseillers en politique étrangère. Dans le cas de ces derniers, il s’agit plutôt d’un moyen d’amuser la galerie. Comme l’actuel président Bush (et contrairement à Bush Senior), elle et son équipe sont fermement attachées à la notion de suprématie américaine.

Certes, la seule attitude d’Obama ne suffira pas à ce dernier pour conquérir le bureau ovale. Mais ce n’est pas notre propos ici. L’important au stade actuel est d’amener une Clinton au discours implicitement xénophobe à abattre ses cartes. Pour l’ancienne première dame des Etats-Unis et son escouade de campagne, les choses sont claires : plus on tient un discours démagogique et plus on a de chances de l’emporter. Compte tenu de sa politique de la terre brûlée, les Américains pourraient encore avoir droit à un troisième mandat de George Bush, en la personne de Hillary Clinton et non de John McCain. Et sûrement pas d’Obama.

La vraie nouvelle est qu’il y aura un Bush aux affaires en 2009 - Hillary de son prénom. Une femme qui, loin de rassembler, sème la zizanie. Peut-être parviendra-t-elle à séduire des électeurs, mais cela ne suffira pas à ressouder ses propres troupes, trop souvent divisées par de profondes discordes étalées sur la scène publique.

STEPHAN RICHTER, rédacteur en chef de « The Globalist ».

Publié dans LE MONDE

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