Denis Sassou Nguesso : "La Françafrique n’a aucun sens à mes yeux"

Publié le par Jeune Afrique

Sur le chemin d’une réélection annoncée et courtisé par les investisseurs étrangers, Denis Sassou Nguesso est un président serein. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique (N°2463, du 23 au 29 mars 2008), il livre ses vérités sur tous les sujets, même ceux qui fâchent : Françafrique, "biens mal acquis", pénurie d’électricité, pétrole, élections…Extraits.

« La Françafrique n’a aucun sens à mes yeux ». Le président congolais affirme ignorer ce qu’est la Françafrique. Il soutient que « le Congo n’a rien à voir avec les réseaux » et estime que confondre ses relations d’amitié personnelles avec l’ancien président français Jacques Chirac et les réseaux dont parlent les médias relève « de l’amalgame et de la malveillance ».


S’il estime avoir des « rapports cordiaux » avec Nicolas Sarkozy, Denis Sassou Nguesso précise qu’il « n’est pas concerné » par la nouvelle politique africaine de la France (fermeture de certaines bases, révision des accords de défense). Mais il n’hésite pas pour autant à dénoncer le double jeu des autorités françaises.

Les déclarations de Bockel (qui voulait signer « l’acte de décès de la Françafrique »), la diffusion récente dans les médias français de reportages sur ses propriétés en France… Autant d’événements qui s’apparentent, pour le président congolais, à des manœuvres pilotées au plus haut niveau. « Ce qui me pose problème, c’est qu’il s’agit souvent de médias du service public, bénéficiant de fuites émanant d’administrations elles aussi publiques », déclare-t-il. Jusqu’à présent, il a opté pour le silence contre ce qu’il considère être « une tentative de déstabilisation » et une « action d’acharnement gratuit avec volonté de nuire ». Si « la campagne hostile continue », prévient-il, il pourrait riposter… « Je me demande comment réagiraient les autorités françaises si les médias congolais s’en prenaient à elles de la même manière », s’interroge-t-il.

Le Congo est un pays immensément riche en matières premières. Pourtant, 70% de sa population vit avec moins d’un dollar par jour. Et ses habitants ne bénéficient toujours pas d’un réseau d’électricité et d’eau digne de ce nom. Interpellé sur ce sujet, le président congolais répond tout simplement qu’il n’a pas de « baguette magique », et ajoute que « si quelqu’un vous dit que l’eau et l’électricité peuvent se décréter, c’est que vous avez affaire à un démagogue ». Il affirme lui aussi être victime des « conséquences des coupures d’électricité, comme tous les Brazzavillois ».

«Le pétrole, c’est 80% de nos recettes, et cet argent ne sert pas à faire la fête ». Dans un pays, le Congo, où tout tourne autour de l’or noir, Denis Sassou Nguesso prétend préparer l’après-pétrole. Quid de l’utilisation des ressources pétrolières ? De la transparence ? « Que ceux qui nous donnent des leçons de bonne gouvernance s’occupent d’abord de leurs SDF et de leurs banlieues à risque », réplique-t-il. Avant d’ajouter que « la coopération chinoise est une bonne chose et qu’un secteur ne doit être la chasse gardée de quiconque. Pas même le pétrole ».

Par ailleurs, il ne pense pas que les graves émeutes dues à la cherté de la vie qu’ont connues le Cameroun et le Burkina Faso puissent avoir lieu dans son pays. « De tels évènements auraient pu se produire ici, si nous n’avions pas pris les précautions nécessaires », affirme-t-il.

Fier des résultats économiques de son pays (« Notre taux de croissance économique pour 2008 est estimé à près de 9%, je me dis que je ne travaille pas en vain »), il considère que sa candidature pour la présidentielle de 2009 n’est pas encore à l’ordre du jour (« Nous en reparlerons l’an prochain »). Il déclare néanmoins que « le véritable exercice démocratique exclut la limitation des mandats présidentiels, pourvu que les élections soient libres et transparentes » et rappelle que « le peuple est en droit de conserver un dirigeant au pouvoir aussi longtemps qu’il juge bon et utile pour le pays ».

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