Zimbabwe : HRW dénonce les manipulations pour la réélection de Robert Mugabe

Publié le par Le Monde

mugabe-copie-1.jpgA une semaine des élections générales au Zimbabwe, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) ne se fait aucune illusion : le scrutin, une fois encore, ne sera ni libre, ni démocratique, ni équitable. Le titre du rapport de HRW publié le 19 mars est sans ambiguïté : "Tout recommence : violations des droits de l'homme et conditions défectueuses pour les prochaines élections générales." Le rapport d'une trentaine de pages, écrit après plusieurs semaines d'enquête sur place, estime que "les changements n'ont eu lieu que sur le papier". Les règles du jeu électoral restent favorables au pouvoir et, souligne le texte, "il y a peu de chance que les élections du 29 mars aident le Zimbabwe à établir la démocratie ou à venir à bout de la crise politique qu'il traverse". Les Zimbabwéens seront appelés aux urnes pour désigner le président, les députés, les sénateurs et les conseillers municipaux.

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DISTRIBUTION DE MATÉRIELS AGRICOLES

De la constitution des listes électorales à la présence de la police sur les lieux de vote, tout semble, selon HRW, préparer une nouvelle victoire du président Robert Mugabe et de son parti, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF). Après vingt-huit ans de pouvoir, M. Mugabe s'affaire à assurer sa réélection en maniant la carotte et le bâton. Il vient d'accorder une hausse de salaire aux fonctionnaires du pays. Les enseignants, après une grève de trois semaines, ont ainsi obtenu une augmentation de 745 % de leur traitement. Bien peu finalement, comparé à l'inflation qui, officiellement, a dépassé ce mois-ci les 100 000 %.

Le chef de l'Etat a également organisé des distributions de matériels agricoles dans les provinces. Il entend montrer sa détermination à sauver la réforme agraire, amorcée en 2000, qui a conduit à l'effondrement de la production nationale.

Selon HRW, la distribution de ces machines est un élément de propagande électorale. "Il y a là-dessous de la manipulation. Comme pour la nourriture, les bénéficiaires doivent assurer leur soutien au pouvoir", insiste Tiseke Kasambala, chercheuse et rédactrice du rapport. HRW dénonce en effet l'utilisation de la nourriture comme moyen de pression politique. "Dans certaines provinces, on dit : "Si tu soutiens l'opposition, tu meurs de faim"", rapporte Mme Kasambala, qui dit tenir ses informations de la bouche même de partisans du pouvoir. La distribution de l'aide alimentaire internationale, qui ne touche que les plus pauvres, respecte les règles. En revanche, le maïs subventionné, distribué par un organisme d'Etat, est l'objet d'un chantage politique.

La presse privée reste muselée et les médias d'Etat favorisent largement le candidat Mugabe qui, selon HRW, dispose de cinq fois plus de temps d'antenne que les autres candidats.

L'opposition, victime de violences et de harcèlement, a été prévenue que les autorités ne toléreraient aucun débordement. Le chef de la police a également mis en garde contre l'arrivée de "marionnettes au pouvoir". Le président Mugabe, qui se présente comme le défenseur des Zimbabwéens face au néocolonialisme, accuse ses adversaires d'être manipulés par la Grande-Bretagne et les ennemis extérieurs du Zimbabwe.

La tenue d'élections libres et transparentes devait, selon la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), être la première étape d'une normalisation de la situation au Zimbabwe. Pour HRW, "la médiation de la SADC a échoué". La SADC, qui a entériné les précédents scrutins, dénoncés par le reste de la communauté internationale, assure avoir confiance en la "maturité des électeurs".

Seuls des organisations africaines et quelques pays considérés comme "amis" - tels la Chine, l'Iran, le Venezuela, la Russie, le Kenya ou le Nigeria - ont été autorisés à envoyer des observateurs.


Fabienne Pompey

Les journalistes occidentaux sont indésirables

Quelque 300 journalistes étrangers, représentant 70 médias (dont Le Monde), ont demandé une accréditation pour suivre les élections générales du 29 mars, selon l'hebdomadaire progouvernemental Sunday Mail.

Comme lors du scrutin précédent, très peu de reporters risquent d'être acceptés. Les demandes font l'objet d'un examen attentif par les autorités et la commission électorale redoute des "machinations pour faire passer des observateurs pour des journalistes", selon le ministre de l'information, George Charemba, cité par le journal.

Le Sunday Mail précise que la priorité sera donnée aux médias africains et, de façon plus générale, à ceux des pays en développement.

Publié dans L'AFRIQUE

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