Barack Obama contre-attaque avec succès sur la question raciale

Publié le par Libération

file_316685_100773.jpgBarack Obama a-t-il réussi à sauver sa candidature en dénonçant de nouveau mardi, à Philadelphie, les propos incendiaires de son ancien pasteur Jeremy Wright ? En prononçant devant pas moins de huit drapeaux américains, le premier discours de sa campagne consacré aux tensions raciales des Etats-Unis, le candidat démocrate a tenté un périlleux exercice : condamner la vision de Wright, un prédicateur très populaire de Chicago qui accuse régulièrement le gouvernement américain de racisme et de complots antinoirs, sans pour autant désavouer son «conseiller spirituel» depuis vingt ans ; rassurer ses électeurs blancs, soupçonneux d’une telle amitié, sans s’aliéner ses partisans noirs, massivement derrière lui. Au lieu de se limiter à un simple exercice de gestion de crise, Obama a placé la controverse dans le plus large contexte de la question raciale «très complexe» des Etats-Unis, invoquant par moments son histoire personnelle, comme les élans racistes de sa grand-mère blanche, sur fond d’analyse historique.

 
 

Grands moments. Un tour de force particulièrement réussi à en juger par le nombre de critiques dithyrambiques, du commentateur Bill Schneider sur CNN («le discours le plus sophistiqué que j’ai jamais entendu sur la race et la politique») à l’éditorial du New York Times de mercredi qui a salué la performance «mémorable» de Barack Obama, évoquant les plus grands moments «de Abraham Lincoln, Franklin D. Roosevelt et John Kennedy». Selon le journal (qui soutient Hillary Clinton), Obama a très bien établi la distinction entre sa relation religieuse avec le pasteur, une affaire privée, et son absence de relations politiques avec l’homme de foi, qui si elles existaient, concerneraient les électeurs. A ceci près que le révérend Wright faisait techniquement partie de la campagne Obama jusqu’à sa démission du comité de conseil spirituel, la semaine dernière. Audacieux, Barack Obama a touché à des sujets épineux et potentiellement explosifs. Il a déclaré que l’amertume exprimée dans les «propos insupportables» de son ancien pasteur était répandue dans la communauté afro-américaine et en partie justifiée, compte tenu des discriminations qui ont marqué l’histoire américaine récente et leurs conséquences toujours palpables.

Encore plus rare de la part d’un politicien américain en campagne : il a invoqué le ressentiment de certains Blancs qui se sentent «floués» du rêve américain par les immigrés et des mesures comme la discrimination positive à l’embauche. «Les remarques faites et les questions qui ont surgi ces dernières semaines reflètent la complexité de la question raciale dans notre pays que nous n’avons jamais réellement assumée», a déclaré Barack Obama avant d’appeler à un projet commun fédérateur. Un vœu pieu qu’il aimerait voir exaucer, tant le scandale des sermons du révérend Wright affecte son image.

Popularité. Même les critiques les plus enthousiastes du discours de Philadelphie émettent néanmoins des doutes. «Les Américains ont du mal à mettre dans le même sac la tendresse de Barack Obama pour sa grand-mère avec son affection pour le révérend Wright, deux proches qu’il dit ne pas pouvoir renier, malgré leurs dérives : on ne choisit pas sa famille, mais on choisit son pasteur», commentait l’analyste Suzanne Malvaux sur CNN. En refusant de désavouer le révérend, Obama a pu rater une occasion de rassurer des électeurs centristes dont le rôle sera essentiel en novembre, s’il se retrouvait en lice contre John McCain. La «controverse des sermons» a affecté sa cote de popularité au cours des deux dernières semaines : le confortable avantage dont disposait Obama sur Hillary Clinton a pratiquement fondu, selon l’institut de sondage Zogby : Obama n’a plus que trois points d’avance sur Clinton (47 % contre 44 %) au lieu de 14 points, courant février. Selon John Zogby, le président de l’institut de sondage, «plus Obama s’approche de l’investiture, plus les Blancs durcissent leurs questions au sujet d’un candidat afro-américain».

 

 


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