Au procès Coulibaly, des prévenus admettent que leur objectif était de tuer Laurent Gbagbo

Publié le par Le Monde

h_9_ill_1021775_coulibaly.jpgCertains des mercenaires présumés, jugés à Paris depuis lundi 10 mars pour avoir tenté de fomenter un coup d'Etat en Côte d'Ivoire en 2003, ont fini par reconnaître mardi que l'objectif était de "tuer" le président ivoirien Laurent Gbagbo.

Treize prévenus sont jugés par la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour la préparation d'un coup d'Etat dont avait eu vent la direction de la surveillance du territoire (DST) au cours de l'été 2003. Trois sont absents, dont l'ancien chef rebelle ivoirien Ibrahim Coulibaly, alias "IB", aujourd'hui en fuite, soupçonné d'être l'instigateur et le bénéficiaire potentiel de l'opération. Celle-ci visait à recruter des mercenaires, par l'intermédiaire d'un ex-recruteur de la Légion, Jean-Michel Chapuis, et de leur confier la mission d'attaquer au lance-roquettes le convoi présidentiel de Laurent Gbagbo.

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La mission consistait officiellement en la "protection d'une personnalité désireuse d'investir dans un parc animalier" en Côte d'Ivoire, a expliqué mardi Jean-Michel Chapuis. Programmée entre le 23 et le 25 août 2003, elle devait rapporter 250 000 francs (environ 40 000 euros) à chacun des cinq hommes de main recrutés. "On partait là-bas pour une mission de protection et on devait être rémunéré en fonction de l'avancée de la mission", a déclaré Jacky Muliakaaka.

LA FRANCE "DERRIÈRE LA MISSION", MAIS SANS Y AVOIR "PARTICIPÉ"

Aujourd'hui absent, un des mercenaires présumés, Soakimi Vea, a reconnu lors de sa garde à vue à la DST que l'objectif était tout autre et visait en fait à mener un coup d'Etat. Ses dépositions, lues à l'audience, ont permis au président Jean-Claude Kross de pousser dans leurs retranchements les anciens militaires comparaissant devant lui. Lors d'un rendez-vous fixé à la gare de Lyon, à Paris, le 21 août 2003, "on nous a dit que la mission n'était plus de la protection mais de l'instruction de militaires locaux", a convenu Jurgen Pohl, sans donner davantage de précisions.

Son frère aîné, Daniel Pohl, s'est montré plus disert. Au cours d'une réunion, organisée le 22 août 2003 à Orange, dans le Vaucluse, "Jean-Michel Chapuis nous a dit que l'affaire avait changé. Il a dit que le but était de renverser Gbagbo. Il a dit que la France ne participait pas à la mission mais qu'elle était derrière", a expliqué Daniel Pohl.

D'après les déclarations en garde à vue de Soakimi Vea, le but de la mission, "tuer Gbagbo", avait été clairement exposé à Orange. "Je l'ai entendu", a confirmé l'un des participants à cette réunion, l'ancien légionnaire Eric Valentin, tandis que Jean-Michel Chapuis a finalement admis "l'avoir dit". Daniel Pohl n'est pas allé aussi loin : il s'agissait de "destituer" Laurent Gbagbo, et "on peut renverser un régime sans faire de mal", a-t-il affirmé.


Ibrahim Coulibaly dément le recrutement de mercenaires

"Je n'ai pas changé de position depuis 2003 quand j'ai été arrêté en France : je n'ai jamais été en France pour recruter des mercenaires", a déclaré, mardi 11 mars, Ibrahim Coulibaly, lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP, précisant qu'il se trouvait actuellement "en Belgique".

L'ex-chef rebelle a expliqué s'être rendu l'été 2003 en France, à la demande des autorités burkinabées, pour ne pas rentrer directement en Côte d'Ivoire et "exposer" le Burkina Faso, où il se trouvait jusqu'alors. Qualifiant le dossier de "vide", "IB" a refusé l'idée de se rendre à son procès. "Tout ça, ce sont des procédures pour m'empêcher de rentrer dans mon pays, pour pouvoir être candidat contre Gbagbo" à l'élection présidentielle prévue en 2008, a-t-il estimé. – (Avec AFP.)

Publié dans L'AFRIQUE

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