Opposant "réapparu" au Tchad : une "diversion" pour attirer le président Sarkozy

Publié le par Afp

opptchad.jpgLIBREVILLE (AFP) — L'annonce des autorités tchadiennes affirmant qu'elles avaient retrouvé l'opposant Ngarlejy Yorongar, disparu depuis le 3 février, est une "diversion pour attirer" au Tchad le président français Nicolas Sarkozy, a déclaré samedi à l'AFP l'avocat des opposants.

"C'est une diversion pour attirer le président Sarkozy. Le président français voudrait faire une escale, ici, alors ils (les responsables tchadiens) font des annonces. Mais, c'est un montage grossier", a estimé Me Mahamat Hassan Abacar, joint par téléphone depuis Libreville.

"Ni sa famille ni ses proches n'ont de nouvelles. Nous avons envoyé un avocat du collectif sur place (dans le quartier de Moursal de N'Djamena où les autorités affirment que M. Yorongar est "réapparu") et personne ne l'a vu", a ajouté l'avocat.

"Nous sommes à la fois optimistes et pessimistes sur leur sort (les deux opposants encore disparus, ndlr). Optimistes parce que nous pensons et espérons qu'ils sont vivants. Pessimistes aussi, le gouvernement qui les a fait arrêter par la garde présidentielles doit nous apporter la preuve de leur décès s'ils sont morts", a-t-il reconnu.

"Nous sommes inquiets. Le régime n'en est pas à sa première arrestation et liquidation", a conclu l'avocat.

Vendredi, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner avait indiqué que le Tchad devait remplir "un certain nombre de conditions" et notamment que la lumière soit faite sur le sort de trois opposants, avant une éventuelle visite du président Sarkozy.

"Il est question en effet que sur le chemin de l'Afrique du Sud, (M. Sarkozy) s'arrête au Tchad. La décision n'est pas prise", avait déclaré M. Kouchner.

Le président Sarkozy se rendra les 28 et 29 février au Cap (Afrique du Sud) pour une visite officielle.

Les autorités tchadiennes ont affirmé vendredi que M. Yorongar était "réapparu" dans son quartier à N'Djamena. Paris a dit attendre "confirmation" de la nouvelle.

Mais les membres de la famille du député fédéraliste disent ne pas avoir de nouvelles. Le quartier de "Moursal n'est pas plus grand que l'Ile de la Cité à Paris. Il est l'homme le plus connu là-bas. J'ai eu des coups de téléphone d'oncles, de parents, d'amis. Personne ne l'a vu", s'est insurgé vendredi soir le fils de l'opposant Rokoulmian Yorongar, installé en France depuis cinq ans

Le sort d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, l'autre grande personnalité de l'opposition disparu depuis l'offensive ratée de la rébellion sur N'Djamena les 2 et 3 février, est aussi inconnu.

La troisième figure de l'opposition, l'ancien chef de l'Etat Lol Mahamet Choua, a été porté disparu pendant plusieurs jours avant que les autorités le retrouvent "vivant" le 14 février et reconnaissent qu'il est détenu.

"Lol Mahamat Choua a été retrouvé en flagrant délit avec les mercenaires et se trouve entre les mains de la police judiciaire pour le besoin de l'enquête", avait assuré vendredi M. Allam-Mi.

Cette affirmation avait soulevé l'indignation du parti de Lol Mahamat Choua, le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès, la qualifiant de "mensonge politique".

Les trois opposants sont les symboles de l'accord du 13 août signé avec le pouvoir sous l'égide de l'Union européenne, paraphé par la France et les Etats-Unis. Ce texte est censé favoriser la démocratisation et l'émergence d'un Etat de droit à l'horizon 2009 et sortir le pays de la logique de guerre qui le déchire depuis trente ans.

Publié dans L'AFRIQUE

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