L'opposant tchadien Lol Mahamat Choua enlevé, vivant mais toujours absent

Publié le par Afp

ALeqM5gU9pML_dFiwkA6-M6P96Jd24VAWg.jpgN'DJAMENA, 15 fév 2008 (AFP) — Les chaussures de Lol Mahamat Choua, ancien président tchadien enlevé par des hommes armés à la fin de la bataille de N'Djamena le 3 février, sont toujours dans sa maison de la capitale.

Il n'a pas eu le temps de les prendre, tant son enlèvement a été rapide.

Assis sur des coussins, à même le tapis, sirotant thé sur thé, proches et amis venus aux nouvelles, très silencieux, attendent depuis plus de dix jours dans l'inquiétude toute information sur le sort du chef charismatique, sous son portrait aux couleurs délavées, accroché à un mur.

Jeudi soir, le ministre de l'Intérieur tchadien Ahmat Mahamat Bachir, a annoncé que Lol Mahamat Choua avait été "retrouvé vivant". Sans plus de précisions. "Nous venons de retrouver Lol Mahamat Choua qui est vivant. Je ne peux pas vous donner plus de détails pour le moment", a affirmé le ministre. L'homme de la transition pacifique, le symbole de l'accord du 13 août 2007 pour un processus démocratique et l'Etat de droit a été enlevé brutalement.

"Les jours passent sans nouvelles de lui, ça nous inquiète trop. Seul Deby (le président) pouvait ordonner l'arrestation de Lol", murmure l'un de ses cousins, Moussa. Et de répéter que les ravisseurs ne peuvent pas être des rebelles. "Ils avaient bien stationné un moment sur la place, sous les arbres, pour se protéger des hélicopères de l'armée. Nous sommes tous restés à l'intérieur de la maison, et puis ils sont partis", poursuit le cousin.

"Le petit peut vous dire, ce sont des militaires de la Garde présidentielle, on les reconnait à leurs turbans". Le "petit", qui sert le thé poursuit la narration: "j'étais à l'extérieur, ils m'ont braqué avec leurs fusils, et puis ils ont emmené le président en le brutalisant, il n'a même pas eu le temps de prendre ses chaussures".

Leurs proches n'ont aucune idée de l'endroit où se trouvent Lol et les deux autres responsables de l'opposition enlevés, Ibn Oumar Mahamat Saleh et Yorongar N'Garlejy. "Nous sommes allés voir à la prison, à la gendarmerie, à la police, personne". La rumeur dit qu'ils pourraient être à la présidence. Mais le pouvoir rejette les enlèvements sur les rebelles.

Ses proches disent que Lol est le "seul à pouvoir tenir tête à Deby, il lui a toujours dit qu'il fallait en finir avec les armes, et choisir la voie démocratique", témoigne Mahamat Allahou Taher, porte-parole de son parti, le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP).

Est-ce pour celà qu'il a été enlevé, pour saper l'accord du 13 août qui prévoyait la démocratie et un retour de l'Etat de droit, conclu sous l'égide de l'Union européenne, avec l'aval de la France et des Etats-Unis? Ses proches ne se prononcent pas.

La France, qui a "tant aidé le pouvoir contre les rebelles, devraient faire pression sur Idriss Deby Itno", dit le porte-parole. "Nous avons contacté l'ambassade de France dix minutes après l'enlèvement. A ce jour, nous n'avons pas eu une réponse, pas une visite de leur part pour venir s'informer", dit le porte-parole. Seul le CICR s'est manifesté pour s'informer. Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué jeudi soir que "l'ambassadeur de France à N'Djamena (avait) obtenu des autorités tchadiennes de pouvoir rencontrer M. Lol Mahamat Choua" et qu'il avait pu vérifier qu'il était "détenu dans une prison militaire".

Dans la maison d'Ibn Oumar Mahamat Saleh, l'inquiétude est aussi vive. D'autant que le secrétaire général de la Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) "est malade". "On voudrait au moins pouvoir lui apporter des médicaments, à manger, des vêtements de rechange", dit un de ses cousins, Mahamat Saleh Moussa. "C'est une grosse affaire, assure-t-il. La plus grave depuis des années". Jeudi soir, le président Deby a décrété l'Etat d'urgence dans tout le pays.

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