Tchad : Pour Deby, les opposants tchadiens enlevés sont « des détails »

Publié le par Afrik.com

news-copie-1.jpgLe président pense en revanche pouvoir « pardonner » les membres de l’Arche de Zoé

Idriss Deby considère l’arrestation violente de ses principaux adversaires politiques, avec lesquels il avait entamé un dialogue, comme « un détail ». Le chef de l’Etat tchadien, acculé dans son palais présidentiel par la rébellion armée, a néanmoins eu le loisir de songer au sort des Français condamnés de l’Arche de Zoé, qu’il pourrait « pardonner ».

« Des détails », c’est ainsi que le président tchadien Idriss Deby Itno a qualifié les arrestations violentes et selon toutes vraisemblance illégales, depuis le 3 février dernier, de plusieurs éléphants de l’opposition nationale tchadienne. « Je m’occupe des choses essentielles (...) Ca, c’est des détails », a-t-il insisté ce mercredi au micro de RFI, assurant qu’il ne savait pas qui avait été arrêté mais que les traîtres, qu’ils soient militaires, politiques ou civils, seraient jugés « le moment venu ». Le chef de l’Etat, retranché dans son palais, dernière enclave contrôlée de sa puissance légitime au Tchad, accordait sa première conférence de presse depuis l’attaque de la rébellion armée.

Lol Mahamat Choua, ancien président de la République tchadienne, député RDP (Rassemblement pour la démocratie et le progrès), Ngarlejy Yorongar, député du FAR (Fédération action pour la République), Ibni Oumar Mahamat Saleh, secrétaire général du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement ) et porte-parole de la coalition de l’opposition, et Wadel Adbelkader Kamougué, ancien président de l’Assemblée nationale et député URD (Union pour le Renouveau et la Démocratie), sont « libres de leur mouvement », avait déclaré lundi un ministre tchadien, avant que le Premier ministre ne déclare le lendemain qu’il ne pouvait répondre aux questions concernant leur sort.
 
 

Le dialogue politique en miette

 
 

C’est qu’Idriss Deby est très méfiant vis-à-vis de son propre entourage, alors que de nombreuses personnalités politiques et militaires du premier cercle du pouvoir sont passées en rébellion depuis quelques années. En 2006, après l’attaque du FUC (Front uni pour le changement) sur N’Djamena, le régime tchadien se serait déjà livré à « des arrestations arbitraires, des actes de torture et des exécutions sommaires de civils soupçonnés d’être affiliés aux rebelles, ainsi que de membres de leurs familles », à en croire Human Rights Watch, qui rapporte l’enlèvement de sept opposants et non de quatre.

 
 

Les prisonniers pourraient même actuellement être retenus au palais présidentiel, indique Amnesty International, qui craint qu’ils ne soient torturés ou qu’ils rejoignent la longue liste des personnes disparues au Tchad. Tous les hommes politiques enlevés avaient pourtant accepté d’aller au dialogue en signant un « accord politique global visant à renforcer le processus démocratique au Tchad », le 14 août 2007, sous les auspices de l’Union européenne.

 
 

Un pas important dans un pays miné par les dissensions, où l’alternance politique se fait depuis l’indépendance par les armes et où les régimes se maintiennent, quand ils y parviennent, en éliminant ou en phagocytant leurs opposants. Si la disparition des chefs politiques se confirme, le Tchad pourrait être reparti pour un long cycle de violences, avec le soutien de la France, parfaitement informée du déplacement des colonnes rebelles mais pas du sort des députés tchadiens, à en croire le ministère des Affaires étrangères.

 
 

Les opposants après les membres de l’Arche de Zoé

 
 

C’est pourquoi leur arrestation ramenée à un « détail » peut choquer. D’autant que le président tchadien, occupé à bouter les rebelles hors de N’Djamena, a trouvé le temps de réfléchir au sort… des Français condamnés de l’Arche de Zoé. « À partir du moment où la Constitution tchadienne me donne le droit d’élargir qui que ce soit, tchadien ou étranger, ce n’est pas impossible. Si la France le demande, bien sûr, que j’examine cette question », a-t-il répondu à un journaliste qui l’interrogeait mercredi sur la possibilité de grâcier les condamnés, avant de confirmer sur la radio française Europe 1 qu’il était « prêt à pardonner ».

 
 

Dur en affaire, il a néanmoins insisté sur le fait que la France devait officiellement en faire la demande. Ce que l’Elysée est prêt à faire, selon le porte-parole de la présidence française. Paris, pour montrer les muscles face aux rebelles, n’avait même pas attendu que le président tchadien en fasse la demande, selon le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, qui répondait mercredi aux questions de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Publié dans L'AFRIQUE

Commenter cet article