Des centaines de personnes fuient les raids armés en République centrafricaine

Publié le par reliefweb

34948_1.jpgBITOYE, Tchad, 28 janvier (UNHCR) – Djaora et sa famille sont assis, silencieux, à l'ombre, dans un centre de contrôle à Bitoye. Ils viennent d'arriver et grossissent les rangs de ceux qui ont fui vers le sud du Tchad après des attaques d'assaillants armés sur leurs maisons dans le pays voisin, la République centrafricaine (RCA).

« Je suis encore inquiet pour ma famille. Je crains que les zaraguinas [bandits] nous poursuivent jusqu'à l'intérieur du Tchad », a indiqué ce réfugié fatigué et apeuré, en attendant d'être transféré vers un camp de transfert près de Goré, à 220 kilomètres d'ici. Les employés de l'UNHCR indiquent que l'identité des attaquants n'est pas clairement définie dans cette zone en proie à l'insécurité.

Ce qui est certain, c'est que les raids constituent une menace constante, depuis ces dernières années, pour Djaora et ses voisins dans le village de Boucaranga, au nord-ouest de la RCA. Durant les deux premières attaques, les villageois s'étaient cachés dans la brousse puis ils étaient rentrés dans leurs maisons dévalisées après que les assaillants soient partis avec leur butin.

Cependant, durant la toute dernière attaque survenue au début de ce mois, des hommes armés ont brûlé les maisons et sont tombés dans une spirale meurtrière. « Je ne sais pas pourquoi ils nous ont attaqués, nous avions déjà perdu tout notre bétail et notre argent », a indiqué Djaora. « Deux de mes frères ont été tués et maintenant, nous ne pouvons pas rentrer chez nous avant que la sécurité ne soit rétablie dans la région. »

Djaora a décidé de fuir vers le Tchad voisin – il fait partie des 614 Centrafricains enregistrés par l'UNHCR en tant que réfugiés durant les trois premières semaines de cette année. L'UNHCR et les fonctionnaires locaux craignent que leur nombre ne continue de croître.

Moïse Ngadana, le sous-préfet de Bitoye, a indiqué à l'UNHCR qu'il s'était récemment rendu dans des régions du nord de la RCA. « On dirait qu'il y a encore davantage de Centrafricains sur les routes », a-t-il dit. « Je suis inquiet car il y aura davantage de réfugiés en 2008 par rapport à l'année dernière [ils étaient au nombre de 3 256]. »

La violence dans le nord de la RCA, une région en proie à l'anarchie, est apparemment le fait de toutes les parties au conflit. Des groupes rebelles armés, des troupes gouvernementales corrompues et les zaraguinas ont tous une part de responsabilité dans le déplacement de près de 300 000 Centrafricains depuis mi-2005. Quelque 197 000 d'entre eux sont des déplacés internes et 98 000 autres ont fui vers le Cameroun, le Tchad et le Soudan.

« Quand nous examinons les cas des nouveaux réfugiés, nous entendons de nombreux témoignages similaires, notamment des villages brûlés, des enlèvements et des proches assassinés », a noté Mari Sveen, chargée de protection pour l'UNHCR à Goré.

« Le défi à relever consiste maintenant à découvrir l'identité des criminels », a-t-elle dit, ajoutant : « Il est souvent difficile pour les réfugiés de faire la distinction entre les zaraguinas, les rebelles et les troupes gouvernementales. »

Les zaraguinas, qui parlent arabe, sont des voleurs de bétail visant principalement les tribus peules, qui sont relativement riches. Récemment, ils ont kidnappé des enfants contre rançon.

La jeune Haoua a passé une année entière en tant qu'otage d'une bande de zaraguinas. Elle vit maintenant au camp de Dosseye, près de Goré. « Quand ils sont venus pour attaquer notre village [en novembre 2006], ils m'ont enlevée ainsi que sept autres filles pour nous emmener avec eux dans la brousse. Nous avons été enchaînées aux chevilles, pendant des mois. Après ils nous ont enlevé nos chaînes et nous ont forcées à faire le ménage et à cuisiner pour eux », s'est-elle rappelée.

La jeune fille raconte que les otages étaient battus avec des bâtons et des chaînes s'ils faisaient des fautes ou s'ils travaillaient trop lentement. « Nous nous demandions si nous pourrions revoir un jour notre famille. » En fin de compte, Haoua a été relâchée sans qu'aucune rançon n'ait été versée, mais sa famille a fui le Tchad peu de temps après, quand sa maison a été attaquée en décembre dernier.

Environ 45 000 civils centrafricains vivent dans quatre camps de réfugiés au sud du Tchad. Certains d'entre eux sont arrivés en 2003. Les nouveaux arrivants pourraient trouver difficile de s'habituer à la vie de réfugié.

Un grand nombre de Tchadiens du Sud comprennent les difficultés endurées par les réfugiés et leur offrent de l'aide. « Nous sommes nombreux à avoir passé plus de cinq ans en République centrafricaine en tant que réfugiés et beaucoup de nos frères centrafricains nous avaient donné des terres pour cultiver ainsi qu'une partie de leurs récoltes quand nous n'avions rien », a expliqué Clément Nando, un chef de village dans le sud.

« Cette période a été très difficile pour nous, mais de nombreux Centrafricains nous avaient alors tendu la main. Je suis toujours en contact avec certains d'entre eux quand je vais sur les marchés en RCA », a-t-il ajouté.

Par Bryn Boyce
À Bitoye, Tchad

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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