Tchad - Centrafrique : L'UE lance sa première opération militaire

Publié le par Afrique Centrale Infos

1942676393479c689390516.jpgL'Union européenne lancera lundi après quatre longs mois de préparatifs la plus grande opération militaire de son histoire, pour sécuriser à la demande de l'ONU les régions troublées de l'est du Tchad et de Centrafrique, voisines du Darfour soudanais.
Les 27 ministres des Affaires étrangères entérineront à Bruxelles l'envoi de l'Eufor Tchad-RCA, une force de 3.700 soldats venant de 14 pays, dont 2.100 Français, 400 Polonais et 400 Irlandais, selon des diplomates.

Son déploiement effectif sera "rapide", ont-ils précisé, comme devrait le confirmer mardi à Bruxelles le commandant en chef de l'Eufor, le général irlandais Patrick Nash.

L'Autriche a ainsi annoncé l'envoi mercredi d'un premier détachement d'une quinzaine de soldats au Tchad et l'Irlande d'une cinquantaine d'hommes début février pour préparer l'arrivée des troupes et assurer leur sécurité. Des soldats du contingent français déjà présent au Tchad devraient être aussi affectés rapidement à l'Eufor.

L'Eufor devrait être au complet en mai ou juin prochain, vers le début de la saison des pluies, a estimé un diplomate.

La tâche première des militaires européens sera de prêter assistance aux 300 instructeurs de la mission des Nations unies en Centrafrique et au Tchad (MINURCAT), chargés de former 850 policiers locaux pour la sauvegarde des camps de réfugiés soudanais du Darfour et des sites de déplacés tchadiens et centrafricains.

L'action de l'Eufor sera complémentaire de celle de l'unité mixte ONU-Union africaine (MONUAD) qui doit faire respecter la paix au Darfour, où depuis février 2003 une guerre civile a, selon l'ONU, fait environ 200.000 morts et déplacé plus de 2 millions de personnes.

Dans ce cadre, l'Eufor aura à protéger 241.000 réfugiés soudanais dans l'est du Tchad et 3.000 autres dans le nord-est de la Centrafrique, ainsi que les 179.000 Tchadiens et 20.000 Centrafricains déplacés, à l'intérieur de leurs pays respectifs, du fait de l'insécurité dans ces régions.

La force européenne devra enfin protéger les humanitaires et les convois d'aide aux réfugiés, parfois victimes d'attaques.

"L'objectif ultime est de permettre à ces centaines de milliers de personnes de regagner leurs villages au Soudan, au Tchad ou en Centrafrique sans être inquiétées par les bandes armées qui circulent de part et d'autre des frontières", a souligné un diplomate.

L'opération sera commandée depuis le quartier général du Mont Valérien, en banlieue de Paris, par le général Nash, tandis que le général français Jean-Philippe Ganascia, basé à Abéché (est du Tchad), commandera sur le terrain.

En raison de l'urgence humanitaire, après son approbation en septembre par la résolution 1778 du Conseil de sécurité de l'ONU, l'Eufor aurait dû être déployée dès novembre 2007.
Mais les pays de l'UE ont éprouvé des difficultés à dégager les moyens aériens nécessaires, hélicoptères et avions de transport.

Le 11 janvier, à la cinquième réunion des militaires de l'UE, la France, la Belgique et la Pologne ont finalement fourni les matériels qui manquaient encore.

L'armée française, qui constituera plus de la moitié des soldats de l'Eufor, est présente depuis plus de 20 ans au Tchad avec la force Epervier en vertu d'un accord militaire avec N'Djamena, motivé à l'époque par le souci de contrer les ambitions territoriales et politiques libyennes.

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a réaffirmé samedi à Kinshasa que l'Eufor n'avait pas pour fonction de protéger le gouvernement tchadien du président Idriss Deby Itno, comme l'en soupçonnent des groupes rebelles qui ont affronté les forces gouvernementales dans l'est du Tchad fin 2007. Des ONG s'étaient également inquiétées d'un risque de confusion des genres.

Publié dans L'AFRIQUE

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