Rdc : Et maintenant, tout reste à faire

Publié le par Afrique Centrale Infos

10211118814798a1727cbce.jpgUnanimement salué mercredi, l'engagement des groupes armés pour la paix dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) n'est que la première étape d'un long processus, dont la réussite dépend de la bonne foi et de la volonté politique des acteurs locaux et régionaux.
Tout reste à faire, s'accordaient jeudi à dire de nombreux observateurs, responsables politiques congolais et diplomates, soulignant que débutait maintenant la phase laborieuse et cruciale du désarmement et de la démobilisation des belligérants.

"Il faut maintenant passer à la mise en oeuvre", a déclaré Alan Doss, chef de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc), reconnaissant que tous les "détails pratiques" de la démobilisation restaient "à préciser" dans le cadre d'une "commission technique".
C'est la première fois depuis la fin de la dernière guerre en RDC (1998-2003) que les groupes armés de régions entières s'engagent collectivement et publiquement à un cessez-le-feu et à un désengagement de leurs troupes sur le terrain.

La presse de Kinshasa a salué prudemment jeudi ces "avancées" sur le chemin de la paix. Le Potentiel (indépendant) craint notamment que "des parrains politiques des groupes armés, évoluant dans les institutions de la République, ou ceux de l'extérieur, continuent à manipuler leurs pions sur le terrain".

Le premier à signer ce texte a été le mouvement politico-militaire du chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda, acteur clef de la crise actuelle au Nord-Kivu, ardent défenseur de la minorité tutsie congolaise et considéré par certains responsables congolais comme le cheval de Troie de Kigali.

"Tous les groupes armés ont signé. J'espère qu'ils vont respecter leurs engagements", a indiqué M. Doss, précisant que la Monuc - qui a déployé 90% de ses 17.000 Casques bleus dans l'est congolais - allait renforcer ses positions dans les zones sensibles, qui doivent être "libérées" par les belligérants.

Pour un analyste politique onusien s'exprimant sous couvert d'anonymat, "les intentions des uns et des autres restent inconnues".
"Pour le moment, on n'a qu'un cessez-le-feu. Est-ce qu'il y a aura des pénalités pour ceux qui se réarment ou qui bougent?", s'est-il interrogé, doutant de la "bonne foi" des belligérants et de leurs intentions d'entamer le moindre désarmement avant la finalisation du projet de loi d'amnistie pour "faits de guerre et insurrectionnels".

Cette amnistie, prévue dans l'acte signé à Goma (Nord-Kivu) par le gouvernement, n'englobe pas les crimes de guerre. Elle ne s'appliquera donc pas à Laurent Nkunda, visé depuis 2005 par un mandat pour de tels crimes en RDC, mais dont nul ne sait s'il a été renouvelé et reste valable.

Concernant le Sud-Kivu, cet analyste a estimé qu'un pas important avait été franchi avec l'adhésion, sans réticence, des 13 groupes armés locaux, mais qu'en revanche, la phase de retour des réfugiés congolais tutsis dans cette province, très marquée par le tribalisme, serait "plus difficile qu'au Nord-Kivu".

Pour sa part, l'émissaire américain Tim Shortley, qui a signé l'acte d'engagement au nom de son pays, a rappelé que ses dispositions étaient complémentaires de celles arrêtées en novembre à Nairobi, pour le rapatriement de gré ou de force des combattants étrangers, au premier rang desquels les rebelles hutus rwandais. Certains d'entre eux ont participé au génocide rwandais de 1994, essentiellement dirigé contre les Tutsis.

Le président congolais Joseph Kabila est engagé dans "deux processus (Goma et Nairobi) et demande de l'aide. La question est: est-ce que la communauté internationale va apporter son assistance pour leur mise en oeuvre?", a-t-il dit, réaffirmant que de leur côté, les Etats-Unis étaient "prêts".

Pour un autre diplomate, la faiblesse actuelle de l'armée congolaise ne permet d'envisager pour le moment "aucune solution militaire", ni contre Nkunda, ni contre les rebelles étrangers.


Principaux points de l’acte d’engagement

ARTICLE I: Cessez-le-feu
- Arrêt total et immédiat des hostilités sur toute l'étendue de la Province (du Nord-Kivu/du Sud-Kivu), de tous les mouvements et renforts militaires, de tout nouveau recrutement.
- Dès la signature du présent acte d'engagement, ordre formel de cessation des hostilités sera donné à nos troupes respectives par écrit.

ARTICLE II: Désengagement des troupes, création des zones démilitarisées, réforme de l'armée, programme de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).
Une Commission technique mixte Paix et Sécurité, sous la coprésidence du gouvernement et de la facilitation internationale de cet engagement, sera légalement instituée pour examiner et finaliser (notamment) les questions ci-après:
- Ordre formel aux troupes de cesser les hostilités
- Localisation géographique des groupes armés
- Détermination des zones de désengagement et de tampon
- Demande de déploiement des observateurs de la Monuc (Mission de l'ONU en RDC) pour surveiller le cessez-le-feu, (de forces) pour la sécurisation des civils
- Début de mise en oeuvre du plan (...) sur le désarmement et rapatriement des groupes armés étrangers
- Respect des activités de DDR

ARTICLE III : Principes humanitaires et respect des droits de l'Homme
- Arrêt des actes de violence, d'exaction, de discrimination et d'exclusion, sous toutes formes, à l'égard des populations civiles
- Libération des personnes détenues ou prises en otage pour délit d'opinion ou d'appartenance aux organisations insurrectionnelles
- Retour des réfugiés au pays
- Interdiction de tout recrutement et promotion particulière des droits des enfants

ARTICLE IV : Mesures de garanties politiques et judiciaires
Le Gouvernement de la RDC s'engage à:
- présenter au Parlement un projet de Loi d'amnistie pour faits de guerre et insurrectionnels, couvrant la période de juin 2003 à la date de la promulgation de la Loi, en ce non compris les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide
- décréter et à respecter le cessez-le-feu
- s'abstenir de tout appui (...) aux groupes armés nationaux et étrangers ou d'en requérir un appui quelconque à l'armée régulière.

Publié dans L'AFRIQUE

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