République Centrafricaine : des progrès fragiles

Publié le par Refugees International - Relief web

cntrl.afr.bangui.jpg La République Centrafricaine (RCA) est soumise à une instabilité politique et une pauvreté chronique qui nécessitent un engagement à long-terme de la part des donateurs internationaux, des Nations Unies et des ONG internationales. Quelques avancées positives ont été effectuées au cours des derniers mois, mais un soutien plus important doit être apporté au gouvernement Centrafricain pour affronter la crise à laquelle la région nord-ouest doit faire face et qui est responsable de déplacements de masse.

Le contexte

Dans la région nord-ouest de la Centrafrique, l'ONU estime à près de 200,000 le nombre de personnes ayant fui leur domicile depuis 2005. La moitié d'entre elles se serait réfugiée dans deux pays frontaliers, le Tchad et le Cameroun. Ces déplacés sont victimes de circonstances à la fois distinctes et inextricablement liées: d'une part la présence d'un conflit de faible intensité entre le gouvernement et les groupes rebelles; de l'autre les activités criminelles perpétrées par les bandes rôdant dans la région. Les motivations des groupes rebelles sont d'ordre politique, tandis que les coupeurs de route – ou zaraguinas - s'en prennent aux habitants des villages dans le seul but de s'enrichir. Mais ces problèmes sont liés car les zaraguinas profitent de l’anarchie issue du conflit politique.

Seules quelques zones des provinces du nord-ouest sont contrôlées par le gouvernement. Les rebelles et les zaraguinas se partagent le reste. Les villageois, contraints de fuir leurs maisons, ne sont en sécurité nulle part : les routes principales sont le lieu de combats entre les rebelles et les forces gouvernementales tandis que les vastes étendues de forêt abritent les coupeurs de route. Refugees International a rencontré des villageois qui ont dû fuir lorsque les troupes gouvernementales ont brûlé leurs maisons. Ils ont ensuite été victimes des attaques des zaraguinas. Ces déplacés ont étés contraints de se réfugier dans des centres urbains, où l’accès à l’eau et les conditions de vie sont loin d’être adéquats.

Un pas en avant: La retenue des forces armées et l’engagement du Président

Au cours des sept derniers mois, aucun abus majeur n’a été commis par les Forces Armées Centrafricaines (FACA) – y compris par la redoutée Garde présidentielle (GP). Au cours de la dernière année, plusieurs rapports indépendants ont fait état du rôle central joué par les forces gouvernementales dans les incendies et les pillages des villages. Le dernier incident date de mai 2007, lorsque la GP a brûlé plus de 450 maisons dans le village de Ngaoundaye sur la frontière tchadienne. À l’heure actuelle, les FACA sont essentiellement cantonnées dans leurs casernes et n’attaquent pas les villages indistinctement. La retenue dont font preuve les forces armées représente un grand pas en avant vers la stabilité.

Le Président Bozizé s’est rendu à deux reprises dans la région nord-ouest – chose impensable il y a à peine un an. La première visite faisait suite à la mort d’une volontaire humanitaire, tuée accidentellement près de Ngaoundaye. Sur place, Bozizé a pu se rendre compte de la destruction perpétrée par ses propres forces armées et a promis de punir les coupables. À l’occasion de son deuxième déplacement en novembre dernier dans le village de Bocaranga pour célébrer la Journée Mondiale de l’Alimentation, Bozizé a présenté des excuses personnelles pour les abus commis par les forces gouvernementales. Ses paroles n’ont pas laissé les habitants de la région indifférents. Les populations déplacées ainsi que les autres victimes de ce conflit renouvellent leur confiance dans les FACA et les institutions gouvernementales; preuve que la situation a évolué au cours de cette dernière année et que la population est épuisée par ce conflit sans fin.

Un pas en avant : Intensification de l’aide humanitaire

Le Coordinateur Humanitaire des Nations Unies a travaillé sans relâche pour faire connaître le drame de la situation en RCA et ses efforts ont porté leurs fruits. Au cours des douze derniers mois, plusieurs ONG ont fait des évaluations et mis en place des projets dans la région nord-ouest. Entre autres, le Conseil Norvégien pour les Réfugiés a lancé un programme d’éducation au sein des populations déplacées près de Batangafo, prouvant ainsi qu’il est possible d’apporter une aide durable dans un contexte d’urgence. Par ailleurs l’ONU a renforcé sa présence sur le terrain avec l’ouverture d’un bureau à Paoua et projette d’en ouvrir deux autres. Dans l’ensemble, la présence d’ONG internationales et d’agences onusiennes marque un progrès important par rapport à la situation constatée il y a à peine quelques mois.

Tout cela n’aurait pas été possible sans le retour d’organismes donateurs multilatéraux tels que la Commission Européenne et la Banque Mondiale. Les donateurs internationaux se sont engagés à verser $600 millions sur la période 2008-2010 lors d’une table ronde tenue avec le gouvernement de la RCA à Bruxelles en octobre 2007. Les Etats-Unis devraient s’impliquer financièrement de manière plus conséquente.

Informations supplémentaires sur la situation humanitaire en RCA.

Les défis subsistent : La protection des civils

Les dynamiques de déplacement des populations sont complexes et varient selon les zones. On trouve des villages brûlés et abandonnés le long des routes à seulement quelques kilomètres de villages intacts. À certains endroits, les habitants commencent à retourner dans des villages auparavant abandonnés. La plupart des déplacés internes se réfugient dans des habitations temporaires aux abords de leurs champs situés à quelques kilomètres de leurs villages. Mais dans les villes plus grandes telles que Paoua et Bozoum, les villageois ayant quitté la brousse se sont rassemblés par milliers et se fondent dans la population des villes afin d’y vivre en plus grande sécurité.

Dans ce contexte, l’aide humanitaire est difficile à organiser et les dérives possibles sont nombreuses, comme l’importance disproportionnée accordée aux déplacés internes au détriment d’autres pans de la population tout aussi vulnérables; l’inflation calculée du nombre de déplacés; l’impact de la distribution d’aide humanitaire sur les déplacements; les risques de vol et de trafic de nourriture. La plupart des ONG sont conscientes de ces problèmes et s’attèlent à les résoudre lorsqu’ils surviennent, mais l’assistance humanitaire n’est qu’une solution à court-terme face à l’insécurité et au sous-développement qui affectent tous les civils, qu’ils soient déplacés ou non.

En effet, le manque de sécurité reste le principal obstacle au retour des populations déplacées ainsi qu’au développement de la région dans son ensemble. Les rebelles vivent aux crochets de la population et les zaraguinas représentent un frein important à l’aide humanitaire, en plus d’être la cause de déplacements de population dans la région. Par ailleurs, les Comités d’Auto-défense - des groupes de villageois mal armés qui tentent de se protéger - sont de plus en plus répandus. Cette recrudescence traduit le désespoir des habitants mais aussi l’incapacité des forces nationales et internationales de remplir leur mandat de protection de la population civile.

Informations supplémentaires sur la sécurité et le dialogue national inclusif en RCA.

Les défis subsistent : A la recherche d’une résolution politique

En fin de compte, la stabilité dans la région nord-ouest est tributaire de la résolution du conflit entre le gouvernement élu et les groupes rebelles. Des négociations sont en cours pour instaurer un dialogue national inclusif. Sachant que le dialogue seul ne pourra résoudre tous les contentieux, celui-ci est néanmoins une étape importante pour assurer la stabilité du pays et le retour des civils déplacés. Cela ne pourra se faire que si l’Etat assume la responsabilité qui lui incombe: celle de protéger ses citoyens. C’est à cette fin que les organismes donateurs se sont engagés à financer une importante réforme du secteur de la sécurité (RSS). Non seulement les forces gouvernementales sont mal équipées mais elles sont également étrangères à tout sens du devoir envers leurs concitoyens. La RSS devra s’attaquer à ces problèmes.

Le Bureau d’Appui des Nations-Unies en Centrafrique est présent en RCA depuis 2000 pour soutenir le dialogue politique et surveiller les abus en matière de droits de l’homme. Malheureusement, le BONUCA a perdu toute légitimité en tant qu’interlocuteur politique et organe principal des droits de l’homme. Les partis de l’opposition ont refusé que le BONUCA agisse comme médiateur dans le cadre du processus de réconciliation nationale. Qui plus est, la pertinence même de l’institution est remise en question - en privé - par de haut responsables de l’ONU et des ONG. De nombreux civils n’en ont jamais entendu parler. Des changements ont été entrepris, tels que le remaniement de certains postes, mais il faudra beaucoup de travail à François Fall – nommé Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG) en octobre 2007 – pour rétablir la légitimité du BONUCA.

Le regain d’attention de la part de la communauté internationale envers la RCA est une bonne nouvelle. C’est l’occasion d’accompagner le gouvernement en place dans une série de réformes économiques essentielles et d’apporter de l’aide à une population trop longtemps négligée. Suite aux efforts de réconciliation du gouvernement et à la volonté exprimée par le public d’instaurer un dialogue entre les partis, la RCA est en période de transition. La communauté internationale doit poursuivre ses efforts pour conforter ces avancées fragiles. Il n’y a pas d’autre alternative pour éviter que l’histoire de la RCA ne se répète et que la population civile ne soit à nouveau victime des conséquences désastreuses du chaos politique.

Recommandations

1. Le transfert de la majorité du budget d’assistance américain, actuellement consacré au programme Food For Peace, vers les programmes de "relèvement" des ONG, notamment pour l’aide au retour des déplacés et le développement des écoles, cliniques, puits d’eau et autres infrastructures dans les zones affectés par le conflit.

2. La mise en place par le BONUCA d’un système plus efficace en matière de rapports d’abus de droits de l’homme, incluant la parution de rapports publics début 2008.

3. L’exigence par les gouvernements donateurs d’un engagement de la part du gouvernement de la RCA quant aux délais de la réforme du secteur de sécurité et à son financement afin que celle-ci ait un impact réel. Les Etats-Unis devraient s’impliquer et financer la construction d’une infrastructure militaire à travers le pays.

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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