République Centrafricaine : éléments clés de la sécurité et de la réconciliation politique

Publié le par Rfugees International

undefined La priorité est la même pour tous les déplacés et autres citoyens centrafricains avec lesquels Refugees International s’est entretenus: siriri, ou la paix. À l’heure actuelle, les civils ne sont pas protégés par les institutions mandatées pour le faire, qui coexistent en se chevauchant. Le BONUCA doit mettre en place un système plus efficace et systématique en matière de rapports d’abus relatif aux droits de l’homme. Les gouvernements donateurs, les Etats-Unis y compris, doivent aussi apporter leur soutien aux réformes du secteur de la sécurité afin de donner une chance au dialogue politique .

Ces dix dernières années, les acteurs internationaux ont réagi à la situation de conflit en Centrafrique au cas par cas. À force de renouveler les mandats en dépit de la quasi-absence de résultats, certaines institutions sont devenues obsolètes sans que ne soient résolus les problèmes auxquels elles devaient s’atteler. La coordination des diverses initiatives multilatérales est un défi de taille au vu de la redondance des mandats, de l’éloignement des personnes auxquelles les rapports sont destinés et de l’historique parfois terni des institutions dans le pays.

  • Les objectifs assignés au BONUCA sont ambitieux, mais son impact est jusqu’ici négligeable. La désignation d’un nouveau RSSG en octobre 2007 peut être accueillie avec optimisme. Il faut donner à celui-ci le soutien nécessaire puisque son nouveau mandat s’étend jusqu’à décembre 2008. Il existe, cependant, une redondance entre le mandat de BONUCA et celui du Centre pour le Dialogue Humanitaire (CDH), une organisation indépendante basée à Genève à qui l’on a fait appel pour accompagner le processus de dialogue national.

  • La section des droits de l’homme de BONUCA fait preuve d’une grande lenteur. Malgré la formulation de recommandations concrètes suite à la visite du bureau du Haut Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) en mai 2007, aucun progrès n’a été constaté depuis. Par ailleurs le BONUCA n’a mené aucune enquête suite à l’incident de Ngaoundaye en mai 2007, illustrant le manque de volonté de l’institution lorsqu’il s’agit d’affronter le gouvernement. Il est essentiel qu’un représentant de la communauté internationale fasse le suivi de la situation en matière des droits de l’homme en Centrafrique, et ce avec impartialité et autorité. Si BONUCA ne peut le faire, c’est à l’HCDH que devrait incomber cette tâche.

  • La FOMUC – une force multinationale déployée en RCA en décembre 2002 pour soutenir le régime Patassé alors en difficulté – est constituée de 380 soldats provenant du Gabon, de la République du Congo et du Tchad. Le mandat de la FOMUC a rapidement été révisé suite au coup d’état orchestré par le Président Bozizé quatre mois plus tard. Le budget de €17 millions de la FOMUC est principalement financé par la Commission Européenne et la France. Celles-ci devraient exiger une coopération accrue entre la FOMUC et les forces de l’armée nationale Centrafricaine. Les différents contingents de la FOMUC changent régulièrement de base, et patrouillent sur les principaux axes routiers du pays. Si les troupes gabonaises et congolaises ne se font pas particulièrement remarquer, les soldats tchadiens ont la réputation – méritée - d’user d’une grande brutalité. Par ailleurs, le mandat de protection de la FOMUC est limité par l’incapacité de ses troupes à confronter les zaraguinas.

  • La FACA, la gendarmerie et la police sont toutes trois présentes dans le nord-ouest et responsables de la sécurité des civils. La Garde Présidentielle a été retirée de la région nord-ouest au milieu de l’année 2007 par le président Bozizé, qui l’a remplacée par des troupes relativement bien entraînées de la FACA. Ces soldats ont cessé de brûler les villages et de commettre d’autres abus à l’encontre de la population civile. Cependant, ils manquent d’équipement et n’ont pas été payés depuis longtemps. Plus grave encore, ils ne font preuve d’aucune volonté pour protéger leurs concitoyens, allant même jusqu’à refuser d’intervenir lors d’actes criminels. Étant donnée l’absence d’initiative de la part des forces de l’État et de la FOMUC, les zaraguinas perpétuent leurs attaques jusqu’aux abords des villes en toute impunité.

  • Le gouvernement Sudafricain a envoyé 60 soldats comme garde rapproché du président Bozizé et pour aider à la formation de la GP.

  • 300 soldats français sont actuellement postés en Centrafrique dans le cadre de l’Opération Boali. Le déploiement de l’EUFOR, une force Européenne de maintien de la paix planifiée au Tchad et en RCA signifie en réalité une transition nominale d’une force française à une force européenne.

  • Une force de police civile, MINURCAT, viendra compléter ces efforts. L’EUFOR et MINURCAT agiront seulement dans le nord-est de la RCA car leur raison d’être réside essentiellement dans une dynamique Tchado-Soudanaise. Pourtant leur action dans le nord-est pourrait contribuer à instaurer un climat de stabilité et de sécurité dans la région.

  • La réforme du secteur de la sécurité en RCA est à l’ordre du jour depuis l’indépendance. Mais le manque de résultats illustre bien la futilité de ce type d’effort par à-coups. Le programme actuel, qui regroupe tous les secteurs – la FACA, la gendarmerie, la police et le secteur de la justice – laisse espérer que des leçons ont été tirées du passé. Auparavant une initiative essentiellement française, la RSS est à présent un projet auxquels participent plusieurs donateurs tant bilatéraux que multilatéraux. Cette ouverture pourra entraîner une plus grande prise de responsabilité de la part des intervenants et peut-être le financement adéquat pour assurer sa mise en œuvre. Les donateurs se sont engagés à verser $134.3 millions pour la RSS. Les États-Unis sont peu impliqués dans ces discussions et le financement de leur programme d’entraînement militaire bilatéral est notamment à la baisse.

  • Les Français continuent de piloter les efforts engagés dans le cadre de la RSS. Il est prévu de définir les priorités de la RSS lors d’un séminaire national qui a déjà été reporté au plus tôt à avril 2008. De tels délais ont des conséquences sérieuses et fragilisent le renouveau d’intérêt manifesté par les donateurs multilatéraux.

  • Au cours des dix dernières années, pas moins de trois dialogues politiques nationaux ont été entrepris pour aboutir à une réconciliation en RCA. L’éventuel résultat de cette nouvelle tentative de dialogue ne devrait pas susciter de trop hautes attentes. Nombreux sont ceux qui perçoivent le dialogue comme étant l’option du moindre mal. Néanmoins les déplacés interrogés par Refugees International disent suivre les nouvelles relatives au dialogue avec beaucoup d’intérêt, car celui-ci est pour eux le signe d’une paix éventuelle. Le véritable défi est le suivant: parvenir à un accord qui mènera les différents partis à collaborer tout en évitant d’entériner la rébellion armée comme un moyen de participer aux négociations politiques.

  • Un soutien devrait être apporté au dialogue prévu en mars ou avril 2008 dans la mesure où celui-ci peut mener à un climat de stabilité propice au développement et à la mise en place de la RSS. Ce dialogue a pour objectif de résoudre les problèmes militaires et politiques en faisant participer des membres du gouvernement, de la société civile, de l’opposition et des groupes armés. Cependant les désaccords sur le lieu et les éléments des pourparlers ne laissent pas présager un grand espoir de stabilité en RCA. De plus, à l’heure actuelle, les zaraguinas constituent la principale menace à la sécurité et opèrent dans un cadre apolitique externe au dialogue. (Malgré tout le Ministre Dieudonné Stanislas M’bangot mène des pourparlers pour explorer les possibilités de rapatriement des bandits). Les attentes exprimées par les populations de la région nord-ouest à l’égard du dialogue sont peut-être trop grandes, mais elles sont bien la preuve qu’il est du devoir d’un gouvernement de garantir la sécurité de ses citoyens.

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