Fils de président, président ou en voie de l’être

Publié le par Mwinda Press - Benda Bika

On ne sait si c’est la famille Bush qui a lancé la mode. Le fait est que depuis l’élection de George Dabeulyou comme président des Etats-Unis à la suite de son père, l’autre George Bush, à la tête de la première puissance de la planète, le monde voit émerger ici ou là des enfants de présidents visiblement « bien lancés ». Tels les champignons à Kombé après les premières pluies d’octobre, filles et fils de présidents se positionnent sur l’échiquier pour prendre la succession de papa et diriger des Nations.

Kabila
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Pour la multitude d’entre eux, on en est juste au niveau de la velléité ; d’autres au niveau du soupçon, mais il y a déjà un team puissant de « papa-m’a-dit » qui se positionnent sérieusement dans les allées du palais. Bien entendu, comme dans tout modernisme, l’Afrique est bien placée dans cette tendance qui fait mode ; l’Etat-famille qui, tout en maintenant les apparences d’une république, se projettent comme des dynasties. J’ai cru comprendre que Kabila-le-jeune n’avait pas d’ambition ; que ce sont les « Tontons », pour reprendre l’expression de Yerodia Ndombasi, qui ont propulsé Joseph à prendre le fauteuil laissé par Laurent Kabila, le président assassiné de la République démocratique du Congo en janvier 2001. J’ai cru entendre aussi que pour Faure Essozimna, la volonté de l’armée a été plus forte que la sienne propre pour monter sur le fauteuil de papa Gnassingbé Eyadéma à la mort de ce dernier en février 2005, au Togo.

Faure Eyadema
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Ce sont là les deux exemples d’un processus accompli, où les fils ont pris la place des papas morts. Pour tous les autres, je le redis : ou bien c’est le soupçon de l’ambition ou bien ils sont encore à l’école de « formation des futurs présidents ». Ce qui fait que dans les années qui viennent nous pourrions entendre parler de Ali Ben Bongo (à moins que ce ne soit Pascaline Bongo, au Gabon) ; de Karim Wade (Sénégal) ; de Theodorin Obiang Nguema (Guinée Equatoriale) ; de Gamal Moubarak (Egypte) ; de Saïf Al-Islam Khadafi ; de Jean-Francis Bozizé (RCA)…

Ali Bongo
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Mais il y en a bien d’autres, dans bien d’autres pays où les fonctions essentielles sont assumées par des fils/filles du président sans que l’on sache où tout cela pourra conduire. Car il est un fait : un papa président ne transmet pas forcément les gènes de son génie politique à sa descendance. Du reste, si l’on écarte les fils des présidents morts (Brahim Déby ou encore les fils Mobutu : Niwa, Manda, Konga et Kongolo…) beaucoup de ces enfants ont fait la Une des journaux dans des chapitres peu glorieux. Ainsi, fâché avec ses oncles, Teodorin Obiang Nguema pourtant député du parti de son papa (Parti démocratique de Guinée Equatoriale, PDGE), décida brusquement d’aller bouder aux Etats-Unis, priant qu’on… le prie de revenir. « Je n’ai aucune ambition d’être à la présidence, d’occuper le fauteuil présidentiel… Si le peuple, qui est souverain, et le parti qui désigne le candidat à la présidence décident de me choisir comme candidat, à ce moment-là je verrai ». Clair : pas d’ambition à moins qu’on me les fourre dans la tête !
 

Karim Wade
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En juillet dernier, une vaste opération antidrogue a fini par lever dans les mailles des filets de la police marocaine Sidi Mohamed Ould Haidallah… fils aîné de Kouna Ould Haidallah, ancien président de Mauritanie. On se rappelle également les violences de Hannibal Kadhafi sur sa compagne, à Paris, et la course-poursuite de la police française sur les Champs Elysées, il y a quelques années. C’est que les fils-à-papa sont comme n’importe quels fils : il leur arrive de péter littéralement les plombs. Et pas qu’en Afrique. Vous vous rappelez l’épisode du fils Sarkozy ? Vous avez oublié les côtés sulfureux de la vie de trafiquant que menait en Afrique du Sud un fils de l’ex-Première ministre britannique Margaret Thatcher ?

Théodorin Obiang
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Nous parlons des fils/filles visiblement « programmées » pour prendre la succession de papa, mais il y a aussi tous les autres, dont le positionnement n’est que technique, et qui veillent au grain sur l’agenda de papa-président ; sur son image à l’étranger ; sur ses affaires privées… Sans compter les autres parents de premier ou deuxième degré, qui veillent au grain eux aussi sur un pouvoir qui, pourtant, s’encadre dans un mandat.

Et là encore je sais de ne pas être exhaustif, mais la liste est longue, de la France (Jean-Christophe Mitterrand ; Claude Chirac) au Pakistan (Bilawal Butho) et jusque dans notre propre beau pays, le Congo.

 Benda Bika

Publié dans L'AFRIQUE

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