"Françafrique" : pour Bockel, la rupture de Sarkozy "tarde à venir"

Publié le par A.F.P

ALeqM5iAGLlUBmcC5uMdLogrxEAvRWPuiw.jpgPARIS (AFP) — Le secrétaire d'Etat français à la Coopération, Jean-Marie Bockel, a appelé mardi le président Nicolas Sarkozy à concrétiser ses promesses de "rupture" dans les relations franco-africaines en défendant la nécessité de signer "l'acte de décès de la Françafrique".

Cette prise de position de M. Bockel, un ministre venu de la gauche, devrait contribuer à alimenter le débat sur la politique toujours controversée de Paris vis-à-vis de ses anciennes colonies.

"Je veux signer, même si le propos paraît un peu fort, l'acte de décès de la Françafrique", a déclaré M. Bockel lors de la présentation de ses voeux pour 2008.

"Je veux tourner la page de pratiques d'un autre temps, d'un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tirent avantage, au détriment de l'intérêt général et du développement", a-t-il poursuivi.

En mai 2006, M. Sarkozy avait promis dans la capitale béninoise "une relation nouvelle, équilibrée, débarrassée des scories du passé" entre la France et l'Afrique. "La rupture annoncée à Cotonou tarde à venir", a lancé M. Bockel.

"Moi qui suis là depuis six mois, qui ai le temps de regarder, de poser mon diagnostic, d'écouter la société africaine et pas seulement les dirigeants, j'attends maintenant de lui (Nicolas Sarkozy) qu'il confirme cette option et qu'il nous permette d'agir", a expliqué M. Bockel à l'AFP.

Des associations réclament régulièrement la fin de la "Françafrique" et du soutien de Paris à des régimes autocratiques et corrompus afin, selon elles, de promouvoir les interêts des entreprises françaises dans ces pays.

Fin octobre, le président Paul Biya, à la tête du Cameroun depuis 25 ans, parlait lui de "rupture dans la forme" mais de "continuité dans le fond".

Le secrétaire d'Etat assure toutefois ne pas faire de "reproche" à M. Sarkozy.

"C'est un président réformateur, avec beaucoup de priorités qu'il met en oeuvre en même temps (...)", a-t-il dit à l'AFP, affirmant que "ce qui reste de la Françafrique, moribonde, est dû aux pesanteurs, aux freins, aux mauvaises habitudes".

"Il n'y a pas de reproche, mais il y a une attente forte d'une accélération du processus", a insisté M. Bockel, qui appelle à un "changement profond dans la coopération et l'aide au développement" en France et en Europe.

Pour lui, la clé réside dans la "mise en oeuvre des conditionnalités à l'aide, en terme de bonne gouvernance, d'efficience".

Il ne faut plus "céder", insiste-il, "à un certain nombre de caprices, un certain nombre de demandes incohérentes de certains pays (africains) qui ont une rente pétrolière qu'ils ne consacrent pas aux investissements qu'ils nous demandent de financer".

Au sujet du déplacement controversé de M. Sarkozy au Gabon, pays emblématique de l'ex-"pré carré" français sur le continent, lors de sa première tournée africaine en juillet, M. Bockel assure "ne pas avoir d'état d'âme".

Mais "tout ça n'a de sens que s'il est suivi par d'autres déplacements, d'autres signes et par des changements réels dans la politique africaine de la France tels que le président Sarkozy les a souhaités", a-t-il ajouté à l'AFP.

Pour le journaliste Antoine Glaser, spécialiste des relations franco-africaines, M. Bockel n'a pas les moyens de signer "l'acte de décès de la Françafrique".

Son discours est surtout "une déclaration de principes" qui "traduit sa frustration", estime-t-il, car le ministre "n'a eu à aucun moment la latitude d'intervenir réellement sur les dossiers sensibles du continent où le vrai décideur" reste la présidence.

Même constat pour Olivier Thimonier, responsable de l'association Survie militant "pour l'assainissement des relations franco-africaines", qui souligne que "les relations franco-africaines sont décidées depuis l'Elysée".

Mais "on le met au défi de mettre en application ses discours", ajoute-t-il.

Publié dans L'AFRIQUE

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