LETTRE OUVERTE DE Me ZARAMBAUD A SALLEH TOKI

Publié le par Le Confident

images-copie-2.jpgJe suis un auditeur assidu de votre émission « A cœur ouvert », peut-être parce que j'ai passé 11 années consécutives en France, de 1969 à 1980, et que de ce fait, je me sens toujours quelque peu de la diaspora centrafricaine en France, et aussi parce que les premières émissions faisaient montre d'objectivité et de mesure.

 

 

Lettre Ouverte Emission
du Samedi 24/11/2007
Cher Monsieur,

Bien qu'étant en deuil, avec la place mortuaire à mon domicile, je n'ai pas manqué de suivre l'émission du 24/11/2007, après l'inhumation qui a eu lieu la veille.
Je regrette que vos émissions de ces dernières semaines ne soient consacrées qu'à jeter l'anathème sur ce que vous appelez « a sioni moléngués ti kodro », que vous accusez de « sara yé ti kamènè » et de « tènè tènè ti bouba », mais à qui vous vous gardez bien de donner la parole pour leur permettre de défendre leurs points de vue. Vivant en France, vous êtes bien placé pour savoir que chaque fois que le Premier Ministre fait une déclaration, on donne systématiquement la parole à l'opposition, pour respecter le vivifiant principe du contradictoire.
Le paroxysme a été atteint par deux représentants hargneux et hystériques de la convergence kwa na kwa de France, à qui vous avez donné la parole il y a deux semaines, si je ne m'abuse.
Je vous rappelle que nous sommes en démocratie, et qu'en démocratie l'opposition doit librement exprimer ses points de vue, bien que la majorité ne partage pas ces points de vue, et que cette opposition doit être respectée. C'est le lieu de rappeler la nécessité de mettre en application la loi sur le libre accès des Partis politiques de l'opposition aux médias d'Etat.
Le « Plus jamais çà ! » que j'avais lancé au procès BOKASSA ne concernait pas seulement les massacres ou les inhumaines et dégradantes coupures d'oreilles ; il concernait plus généralement la négation de la Démocratie dans sa globalité et des libertés qui en sont l'essence, notamment des libertés de pensée et d'expression.
Introduire un recours contre une élection d'un Président de la Fédération Centrafricaine de Foot – Ball est un droit, et exercer ce droit ne fait pas de ses auteurs des « sioni molengués ti kodro ». Il appartient à l'organe saisi de juger s'il a été ou non saisi à bon droit.
Le Président NGAÏSSONA vous a d'ailleurs implicitement désavoué en qualifiant les deux requérants de frères et en les nommant à d'importants postes de responsabilité ; ce n'est qu'après leur nomination que vous avez enfin daigné les inviter, sans pour autant vous excuser de les avoir traités de « sioni moléngués ti kodro » dans la précédente émission.
De même, demander que le dialogue inclusif se tienne à l'Etranger, c'est simplement exprimer librement et démocratiquement un point de vue ; ce n'est nullement « tènè tènè ti bouba » ; il appartient à ceux qui ne partagent pas ce point de vue d'argumenter en sens contraire. Notre Constitution garantit les libertés de pensée et d'expression, au cas où vous l'auriez oublié.
Enfin, présenter la visite du Chef de l'Etat en France comme un succès éclatant, c'est tout simplement mentir et flagorner. Il y a mensonge dès lors qu'on fait passer pour vrai ce qu'on sait être faux ou inversement ; il y a flagornerie lorsqu'on ment effrontément dans le but de plaire.
Comment peut-on qualifier de succès éclatant une visite où personne ne reçoit le Chef de l'Etat à l'aéroport, où le Président SARKOZY ne lui accorde que nuitamment et furtivement une audience de moins de 20 minutes pour l'invectiver, ne le raccompagne pas au perron de l'Elysée à sa sortie et ne le reçoit pas à déjeuner ou à dîner ? Evidemment, poser cette question ne revient nullement à nier l'existence de problèmes de gouvernance et de droits de l'homme dans notre Pays, loin s'en faut. J'ai suffisamment écrit à ce sujet.
Ce qui est éclatant, c'est la différence avec l'accueil réservé le lendemain au Président du Venezuela, M. HUGO CHAVEZ ; celui-ci, en butte à de grandes manifestations contre son projet de traficoter la Constitution de son Pays pour s'auto-octroyer plus de pouvoirs et se faire réélire indéfiniment à l'issue de son actuel deuxième mandat qui doit constitutionnellement être le dernier, était venu dire au Président SARKOZY . . . qu'il n'avait rien à lui dire concernant sa promesse de donner des preuves de ce que l'otage Ingrid BETTANCOURT, aux mains des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) est toujours en vie.
Evidemment, comme le sous-sol de son Pays est gorgé de pétrole, que ce pétrole est en exploitation et que le baril de pétrole tutoie allègrement les 100 (cent) dollars sur le marché international, plombant la fameuse croissance dont le Président SARKOZY, outre la xénophobie débridée, a fait son cheval de bataille pour gagner la présidentielle et les législatives, comme les élections municipales ne s'annoncent pas sous les meilleures auspices, avec les énormes cadeaux financiers faits aux plus riches, y compris le Président lui-même qui s'est auto-nivelé par le haut en s'auto augmentant de 170% pour être à la hauteur du Premier Ministre, l'application du principe d'équité aux seuls plus pauvres, au moyen d'un nivellement par le bas, la chasse aux indésirables clandestins africains jusqu'à la sortie des écoles, où l'on ne se gêne pas pour traumatiser les enfants en arrêtant leurs parents et grands parents venus les chercher, le tout pour réaliser des quotas aussi hallucinants qu'ubuesques d'expulsions fixés d'avance par dizaines de milliers, chasse qui commence à susciter un tollé au sein du Peuple Français, surpris d'avoir indirectement et inconsciemment porté l'inénarrable M. LE PEN à la Présidence de la République et son Parti le front National à l'Assemblée Nationale...
A mon avis, la France doit des excuses au Peuple Centrafricain dont elle a humilié le Représentant (qu'on soit ou non partisan de ce Représentant), et les personnalités membres de la mission précurseur à qui vous avez abondamment donné la parole avant la visite nous doivent des explications, de même que notre Ambassade.
La visite d'un Chef d'Etat à un autre se prépare avec le plus grand sérieux ; toutes les étapes et le communiqué final, s'il y a lieu, doivent préalablement faire l'objet d'un accord.
Si les conditions dignes de la visite du Chef de l'Etat n'étaient pas réunies comme on s'en est rendu compte a posteriori, la mission précurseur devait demander au Chef de l'Etat de reporter son voyage, ce qui n'a malheureusement pas été fait. C'est dire que pour préparer un voyage d'une telle importance, il faut des diplomates et des personnalités expérimentés, jaloux de l'honneur et de la dignité de leur Pays, d'autant que la dignité fait partie de notre devise.
Puissiez-vous vous rappeler que c'est de la discussion (et non d'une juxtaposition de monologues hargneux et hystériques) que jaillit la lumière, et que c'est en disant la vérité à un chef d'Etat et non en flagornant qu'on l'aide, libre à lui d'en tenir compte ou non.
Meilleures salutations,
Bangui, le 26 Novembre 2007
Mercredi 28 Novembre 2007
Me ZARAMBAUD Assingambi

Publié dans DROITS DE L'HOMME

Commenter cet article