François Bozizé se confie au Messager

Publié le par le messager

Au lendemain de la célébration du deuxième anniversaire de son investiture à laG3WSCAMJZ76HCAWOLH18CAU2GC9PCASO8W13CAUF4M78CAFKWCH0CA8WSLGOCAKKR6B5CA4SDFL2CAZ2L1Z8CANBZPQMCAPW3ZN2CAH0RL39CAS9B9Q2CAZAE5SVCAF0D69UCAQ45035CAO2VQDI.jpg magistrature suprême, le chef de l’Etat centrafricain a accepté de s’entretenir avec l’envoyé spécial de Le Messager à Bangui auquel s’est joint Francis Sallah Ngoua Beau, un confrère gabonais, directeur général de la chaîne de télévision TV+ Gabon. L’entretien s’est déroulé en matinée du 12 juin 2007, au salon des ambassadeurs. Loin s’en faut. C’est un François Bozize très en forme qui nous accueille au palais présidentiel dès 8h30. Pour un entretien vérité. “ Le président soudanais a la solution du Darfour entre les mains ”

Monsieur le président de la République merci de nous recevoir ici dans votre palais. La république centrafricaine vient de célébrer avec faste le deuxième anniversaire de votre arrivée à la tête du pays. Dites nous si c’était à refaire est ce que vous le referiez ? 

(Après réflexion). Je vous remercie d’être venu jusqu’à moi. Notre pays a connu des moments très difficiles. Je me trouvais en exil au Tchad et ailleurs. Et de là, les échos de mon pays bien aimé, la République Centrafricaine m’étaient insoutenables. Nous avons donc décidé de prendre nos responsabilités. Nous l’avons fait en tout en pensant au peuple centrafricain. Nous l’avons fait pour le bien du peuple centrafricain. Pour qu’il retrouve le bonheur et la joie de vivre. Voilà pourquoi nous avons agi. La situation était insoutenable pour notre peuple. Et maintenant vous me demandez si c’était à refaire est ce que je le referais ? Ma réponse est oui. Mais il faut tenir compte du parcours que nous avons effectué jusque-là. Le pays revit depuis.

On vous reproche surtout d’avoir pris les armes contre votre prédécesseur…

Il faut reconnaître qu’avant le changement que nous avons apporté, les Centrafricains ne croyaient plus en eux. Nous avons pris le risque. Nous nous en félicitons aujourd’hui. Tout est rentré dans l’ordre. Le peuple n’est pas déçu. Aujourd’hui, vous pouvez marcher à Bangui, nuit comme de jour sans aucune inquiétude. De plus, les Centrafricains ont retrouvé leur dignité. Nous étions dans une situation où le pays était ruiné. Les fonctionnaires sans salaires depuis plusieurs années. La Centrafrique est-elle a encore un pays ? Il faut bien se poser cette question. En ce qui nous concerne, le changement que nous avons apporté était bien nécessaire. Seul l’amour de notre pays et de notre peuple nous a motivé. Il fallait en finir avec ce régime dictatorial qui ne respectait ni les Centrafricains, ni leurs droits.

Comment comptez-vous faire redecoller la République Centrafricaine ?

Nous sommes arrivés à Bangui avec des idées précises. Nous avons commencé par ramener la confiance. Il était utile et nécessaire que les Centrafricains recommencent à croire en eux-mêmes et en leur pays. C’était la première étape. Nous l’avons réalisé, en nous assurant que les Centrafricains ont compris le sens de notre action. La deuxième étape a consisté à entreprendre le retour à la légalité républicaine. Nous l’avons fait à travers le dialogue national. Les institutions ont été remises en place au cours de cette deuxième phase. Des élections démocratiques ont eu lieu, et j’ai été élu démocratiquement, devant des observateurs internationaux. Maintenant nous sommes dans la phase de la reconstruction du pays. Cela impose beaucoup de moyens et de travail. C’est pour ce cela que nous avons adopté ce qui est plus qu’un slogan à savoir la philosophie du “ Kwa Na Kwa ”, c’est à dire le travail avant tout. Nous nous attelons à cela.

Monsieur le président, avez-vous l’impression que la communauté internationale vous soutient dans cette entreprise ? 

Nous avons compris qu’il était nécessaire d’avoir le soutien de la communauté internationale. En réalité le sens du changement que nous avons apporté en Centrafrique consistait à redonner à ce pays la stabilité. Nous avons eu notre temps de grâce. Aujourd’hui nous sommes convaincu que la communauté internationale est à nos côtés. Nous nous en félicitons.

Vous êtes réputé être un militaire aux méthodes plutôt rudes. Comment avez-vous fait pour amener tout le monde au dialogue ?

(Sourire) Notre stratégie consistait à n’exclure personne. Tout le monde devait être associé. Nous avons fait venir les pygmées, les peuhls, les handicapés, et toutes les couches sensibles de notre société. Tous devaient apporter leur contribution au dialogue national afin de faire repartir notre pays sur des bases solides et démocratiques. Nous essayons de le faire jusqu’à présent. Notamment en maintenant le consensus, même après les élections démocratiques. Les femmes et les jeunes ont ainsi été intégrés. Voilà la méthode que nous avons adoptée.

Justement les femmes et les enfants ont payé le prix le plus lourd de la guerre. Quelle place leur réservez-vous aujourd’hui dans l’exercice de votre pouvoir ?

Les femmes et les jeunes constituent des priorités dans notre stratégie de gouvernement. La femme doit être intégrée dans toutes les activités de la vie de notre pays. Il en est de même des jeunes. J’ai une pensée particulière pour eux. Malgré l’héritage lourd qui a été le nôtre, nous avons réalisé des actions qui vont dans le sens du redressement à tous égards de la République Centrafricaine. Notre jeunesse est anxieuse quant à son avenir et nous avons la tâche de lui montrer le chemin. C’est pourquoi, tout ce qui peut unir cette jeunesse, ce qui peut contribuer à une meilleure connaissance de son pays ou tout ce qui peut éveiller son intelligence est à privilégier. Nous avons pensé mettre en place le Centre de la jeunesse nationale. Ses activités vont bientôt démarrer. L’objectif étant de permettre à notre jeunesse de contribuer à la vie de la sous-région dans les domaines tels que le sport et la culture.

Pendant un temps, on a parlé de Bangui comme été de “ la roquette ” en référence à la guerre. Aujourd’hui, la capitale présente un aspect de propreté impressionnant. Bangui est-elle redevenue “ La coquette ” ? 

Avec les moyens de bord, nous essayons de nous battre. Nous avons désigné un maire jeune. Grâce à son action quotidienne et avec la philosophie du “Kwa Na Kwa”, Bangui a changé dans un pays qui a connu un grand désordre. Nous nous en félicitons.

Lorsqu’on vous regarde, vous ne semblez pas rouler carrosse comme la plupart des chefs d’Etats africains. Vous aimez la pauvreté ou la simplicité ?

(Rires) La priorité pour moi et mes collaborateurs est de satisfaire la grande majorité de la population. Ceci avec les petits moyens que nous avons. Le reste n’est pas important.

Votre épouse Monique apparaît bien discrète, à comparer aux autres premières dames de la sous-région ?

Elle a son rôle au sein de la nation centrafricaine. Elle a mis en place une Organisation non gouvernementale qu’elle dirige. Ses activités sont différentes des miennes. Mais elle m’appuie énormément. Et je l’en remercie.

Et vos Enfants ? Avez-vous l’intention de leur demander de se lancer en politique pour vous succéder plus tard comme cela s’est vu ailleurs ? 

C’est la même chose. Parmi eux il y en a qui sont assez grands. Ils ont leurs activités, ou alors occupent des fonctions qu’ils ont choisies. Ils me conseillent, et moi aussi je fais de même vis-à-vis d’eux. Mes enfants sont des citoyens centrafricains. Ils ont les mêmes droits que tous mes compatriotes. Maintenant en ce qui concerne leur entrée en politique, vous pouvez leur poser la question. Ils sont accessibles je pense…

Il se dit que vous n’aimez pas la presse de votre pays…

J’attends de la presse centrafricaine qu’elle contribue au développement de ce pays. Malheureusement très souvent elle se caractérise par la haine et la division. Et c’est ce que je regrette. Je la veux engagée. Elle doit conseiller, éduquer le peuple. Et non appeler à la division. Elle doit contribuer à l’émergence d’une société moderne. Que les jeunes soient sensibilisés à travers la presse sur les enjeux de ce pays. Je pense notamment à la lutte contre le Sida. Il y a déjà une réelle prise de conscience face à ce fléau. Je m’en félicite. Mais il y a eu un relâchement d’où la montée de cette pandémie. La presse a donc un rôle important. Il ne faudrait pas baisser les bras. J’invite donc la presse centrafricaine à jouer un rôle positif dans le développement de ce pays.

Parlons de l’Afrique centrale. Quelle est la nature de vos relations avec vos collègues et comment voyez vous l’intégration en zone Cemac ? 

En Afrique centrale, nous sommes en bonne relation avec tous les pays. Mis à part l’incident avec le Soudan, qui nous a amené à fermer momentanément les frontières face à la pénétration des milices sur le territoire centrafricain. Avec la Rdc, le Cameroun et les autres nous avons de bonnes relations. Les chefs d’Etats de la Cemac ont été à mes côtés. Je remercie le doyen Omar Bongo Ondimba qui m’a pris par la main et m’a donné beaucoup de conseils. Je remercie votre président, Son excellence Paul Biya, qui m’a beaucoup soutenu. Nos pays sont frères. Vous avez parlé de l’intégration sous régionale. La volonté est là. Mais les lenteurs administratives persistent. Tôt ou tard les choses vont avancer. C’est irréversible. Soyons patients.

Allez-vous davantage vous impliquer pour le règlement du conflit au Darfour ?

L’Union africaine et l’Union européenne se sont déjà impliquées. Mais la question est beaucoup plus soudanaise. Nous craignons de nous embrouiller dans ce conflit. Nous observons ce qui se passe avec beaucoup d’intérêt. Mais le président soudanais à la solution entre ses mains.

L’Afrique peut-elle régler cette crise ?

Union africaine ou Union européenne, le nœud du problème se trouve entre les mains des Soudanais. Voyez la Côte d’Ivoire. Il y a eu plusieurs solutions proposées. Mais il a fallu que les Ivoiriens s’asseyent entre eux pour que les armes se taisent. Cela peut bien se faire au Soudan.

Monsieur le président, après deux ans d’exercice démocratique du pouvoir en République centrafricaine, qu’est ce qui vous rend fier ?

Nous avons envisagé le changement pour que le pays soit démocratique. Les vecteurs d’une démocratie sont là. La presse est libre. Les partis politiques aussi. Nous avons signé des accords avec les institutions de Betton Woods. Nous sommes sur la bonne voie. La bataille économique reste préoccupante. Voilà ce qui fait notre fierté.

Si vous avez un regret, ce serait quoi ?

Mon seul regret c’est de voir que la classe politique centrafricaine et l’intelligentsia n’adhèrent pas totalement à notre action. Cependant la grande majorité du peuple a compris. Nous continuons la moralisation et la sensibilisation de l’intelligentsia pour qu’elle comprenne le sens de notre action. Cela va prendre du temps. Je suis un président qui se trouve beaucoup plus proche du peuple. Nous avons l’objectif recherché. Au moment où nous avons trouvé le pays, il était complètement isolé. Nous avons pu reconquérir un espace important. Et c’est une grande satisfaction. Les bailleurs de fonds présentent beaucoup de conditionnalités. Nous avons réalisés toutes les actions diplomatiques. Maintenant, tout cela dépend des moyens.
 

Par Entretien mené à Bangui par Jean François CHANNON
Le 21-06-2007

Publié dans INTERVIEWS

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